Aux corps prochains (sur une pensée de Spinoza), conception Denis Guénoun et Stanislas Roquette, mise en scène Denis Guénoun

Crédit photo : Charles H. Drouot
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Aux Corps prochains (Sur une pensée de Spinoza), conception Denis Guénoun et Stanislas Roquette, écriture et mise en scène Denis Guénoun

Après Qu’est-ce que le temps ?, un spectacle réalisé d’après Les Confessions de Saint Augustin, le metteur en scène et philosophe Denis Guénoun et le comédien Stanislas Roquette proposent Aux corps prochains (Sur une pensée de Spinoza).
Le champ d’investigation philosophique s’appuie sur une question posée par Spinoza dans L’Éthique : « Qu’est-ce qu’un corps ? » et sur ce constat dérivé : « Nul ne sait ce que peut un corps ». Deleuze n‘a cessé de poursuivre des recherches similaires.
On se doute toutefois que le corps ne va pas sans l’esprit : « Il n’y a qu’un temple au monde, et c’est le corps humain. Rien n’est plus sacré que cette formule sublime. S’incliner devant un homme, c’est rendre hommage à cette révélation dans la chair. C’est le ciel que l’on touche lorsqu’on touche un corps humain. » (Novalis)
Et Nietzsche écrit dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Le corps est une grande raison, une multitude unanime, un état de paix et de guerre, un troupeau et son berger. »
L’esprit n’est plus qu’une petite raison, un instrument du corps, un jouet manipulé.
Le corps ne dit mot mais il agit comme un Moi, telle est la formule nietzschéenne.
Dans la mise en scène de Denis Guénoun, le corps des acteurs interprètes est appréhendé comme le prétexte du spectacle, soit une vision chaotique des situations de guerre et de mises à mal des personnes appartenant à des groupes, des collectivités, des clans, des ethnies, des nations, des États, puisque la guerre est un affrontement entre des communautés. Les visions de carnage proposées sur le plateau sont celles que l’on devine derrière les caméras des grands reporters.
Corps bousculés et précipités, jetés et soufflés sur le sol, corps transis et rampants, baignant dans l’eau, la boue, le sang et le froid, corps anéantis et brutalisés.
Des corps étrangers qui sont les nôtres, corps universels – ici comme ailleurs.
Ces images dévastées correspondent aux premières invectives inscrites sur le prompteur du plateau : 1- Se lever, 2- Se laver, 3- Fuir, avec des variantes et des scènes plus paisibles. Tout ce qui touche enfin à la guerre est une gifle au bon sens (Melville).C’est qu’avec la guerre, condamnée d’un point de vue éthique, religieux et humaniste, advient la transgression d’un interdit fondateur, le meurtre des êtres vivants et les violences commises sur les êtres humains. L’idée de « guerre de religion » devrait être pour les esprits religieux le scandale suprême. Nietzsche dans le Gai Savoir note encore – et cette vérité est sans cesse réactualisée en nos temps troublés – que si les hommes se précipitent, ravis, dans le danger de la mort, c’est « parce qu’ils croient trouver enfin dans le sacrifice pour la patrie cette permission longuement recherchée – la permission d’éluder leur propre but – la guerre leur offre un détour pour parvenir au suicide, mais un détour avec bonne conscience. »
Suivent deux autres invectives finales : « 4 – faire la fête, 5 – Déclarer ».
Les corps s’amusent et s’affrontent dans le jeu, heureux de vivre et de se côtoyer.
Les interprètes se lèvent et forment un chœur généreux, déclarant leur appartenance à l’universelle humanité, une déclaration d’amour, une invitation à la rencontre.
Les interprètes – Alvie Bitemo, Marc Depond, Marie-Cécile Ouakil, Stanislas Roquette et Marc Veh – incarnent les corps maltraités, dévolus entièrement aux outrances et aux outrages physiques, aux accidents de la vie pendant les conflits.
Le corps exprime l’âme – leçon de Spinoza – et construit la belle communauté des hommes compagnons, quand on ne lui fait ni barrage ni violence ni obstruction.
Une dénonciation des horreurs de la guerre et de la perte de la raison humaine.

Véronique Hotte

Théâtre National de Chaillot, du 5 au 13 mai. Tél : 01 53 65 30 00

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