Le Prince travesti ou l’Illustre Aventurier de Marivaux

Le Prince travesti ou l’illustre Aventurier, de Marivaux, Édition présentée, établie et annotée par Henri Coulet, Collection Folio Théâtre N°160, Éditions Gallimard, 2015, 5,20 euros, 224 p
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Qu’est-ce que c’est que cette histoire du Prince travesti ? se demande Henri Coulet, penché minutieusement sur Le Prince travesti ( Folio Théâtre N°160, Gallimard), « cette histoire où un prince destiné à régner se déguise en aventurier, où une princesse régnante devient amoureuse de cet aventurier et veut l’épouser, où un roi régnant se déguise lui aussi et se fait passer pour son propre ambassadeur, où un nigaud de valet risque de faire tourner à la tragédie ce carnaval ? »
Lisons les didascalies d’entrée, et les noms des principaux personnages : La Princesse de Barcelone ; Hortense, de rang princier ; Le Prince de Léon sous le nom de Lélio, le Roi de Castille sous le nom d’Ambassadeur, et la scène est à Barcelone.
Écoutons Lélio, le Prince lui-même qui s’épanche sur sa propre destinée : « Mon père souhaite que je me marie, et me laisse le choix d’une épouse. Ne dois-je pas m’en tenir à cette Princesse ? Elle est aimable, et si je lui plais, rien n’est plus flatteur pour moi que son inclination ; car elle ne me connaît pas. N’en cherchons donc point d’autre qu’elle ; déclarons-lui qui je suis, enlevons-là au Prince de Castille qui envoie la demander. Elle ne m’est pas indifférente ; mais que je l’aimerais sans le souvenir inutile que je garde encore de cette belle personne que je sauvai des mains des voleurs. » Lélio a en effet sauvé Hortense, alors mariée, d’une attaque de voleurs, et l’amour conscient mais inavoué chez la jeune femme est né entre les jeunes gens.
Sont en lice, tenus par les fils tendus du marionnettiste Marivaux, une Princesse à l’état d’âme fantasque, d’un côté, puisque celle-ci rêve à un bonheur égoïste et privé, une chimère enfantine qui ne saurait être la sienne et qui préférera le beau geste altier de générosité à une passion platement bourgeoise ; et de l’autre, un couple d’amants sous le charme d’un coup de foudre qui finira par les réunir après un délai étudié d’attente et d’angoisse. Or, la politique mène le jeu et aura le dernier mot.
Pourquoi la Princesse pardonne-t-elle à Lélio et à Hortense, et va-t-elle épouser le Roi de Castille ? Parce qu’elle est Princesse. La blessure sentimentale reçue dans son amour-propre l’anéantit, mais elle met fin aux affres de sa passion – précise le commentateur distant et amusé d’aujourd’hui – et cette douleur la ramène à ses devoirs : « Je vais me résoudre à ce que je dois faire ».
Telle est la politique d’une véritable Princesse dans le monde et dans la comédie en trois actes et en prose de Marivaux, représentée pour la première fois le 5 février 1724 par les Comédiens-Italiens. La présence brouillonne d’Arlequin en habit à triangles – homme du peuple qui aime le vin, l’argent et les filles – apporte du piment à l’intrigue : son comportement irréfléchi et même nigaud pourrait mener à la catastrophe, soit le miroir de l’incohérence de ce petit univers, un désordre dont se départira la Princesse dans le choix de rallier in extremis la dignité de son rang.

Véronique Hotte

Collection Folio Théâtre N°160, Éditions Gallimard, 2015, 5,20 euros, 224 p

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