La vie comme au théâtre de Florence Delay de l’Académie française, Blanche, Gallimard

La vie comme au théâtre, de Florence Delay de l’Académie Française, Collection Blanche, Éditions Gallimard
product_9782070147625_195x320
Les auteurs, écrivains de théâtre ou de littérature, font partie de la famille de Florence Delay qui les évoque, comme s’ils étaient ses intimes, par-delà les années et les siècles. L’académicienne, à travers ces bribes autobiographiques d’une vie de création enthousiaste immédiatement inscrite dans son temps, se sent proche entre autres, d’Alfred de Musset, l’auteur de Confession d’un enfant du siècle :
« Il me semble avoir connu ce blond aux yeux pâles, maigre, alcoolique, désastreux, merveilleux, dont j’aurais pu certains jours me dire la sœur ou la mère, comme Georges qu’il aima, et qui l’aima, au point de couper ses cheveux et de les lui envoyer en cadeau de rupture. » La vie ne quitte jamais l’idée même du rêve.
Florence Delay met en parallèle Musset et Nerval, tous deux fils des guerres de l’Empire ; tous deux sous dépendance de l’alcool, buvant non pas pour trouver la gaieté mais s’enivrant pour vivre une autre vie.
L’amoureuse des auteurs – poésie, roman, théâtre – associe, d’un siècle à l’autre, Musset à Robert Desnos qui écrivent chacun à vingt-six ans, leur Confession d’un enfant du siècle.
Les deux seraient frères de chagrin : Desnos, enfant du xx é siècle, aime en songeant, privilégiant la double vie, ce dont souffrait Musset en se dédoublant.
La narratrice se souvient des figures et des scènes d’une enfance radieuse avec émotion et clarté. Melle Jeanne par exemple, organisait un spectacle tous les ans dans la salle de fêtes du lycée où elle faisait danser toutes les élèves : « Elle a donné à des générations de filles un port, une façon de se tenir, de tenir au sol par les demi-pointes, et surtout d’ouvrir les bras. Personne ne peut devenir bon s’il ne sait ouvrir les bras, les mains. » Mettre en scène des spectacles scolaires, amateurs ou professionnels, répéter, jouer, être comédienne sur un plateau, ces activités théâtrales et ludiques ont toujours eu la part belle dans la vie de la jeune fille qui n’en poursuit pas moins ses études. Et les aventures sont au rendez-vous, tel un voyage au LSD proposé par un ami, le comédien de la Nouvelle Vague, Pierre Clémenti. Inspectée le surlendemain par l’Éducation nationale pour l’obtention de son capes pratique, concours qui précèdera la réussite à l’agrégation l’année suivante, l’étudiante est victime d’une remontée d’acide, une absence de quelques minutes que l’inspecteur comprendra comme un symptôme particulièrement aigu d’émotion :
« Je vois soudain entrer par la porte fermée un grand oiseau bleu qui vole à travers la classe si bleu, si beau, que je le suis en silence des yeux jusqu’à ce qu’il s’échappe par la porte fermée. L’apparition me stupéfie… »
Pour Antoine Vitez, en qui Florence Delay voit un maître, l’École est le plus beau théâtre du monde d’autant que l’enseignement n’a ni commencement ni fin.
Resurgit dans les souvenirs de la disciple une image inoubliable, comme tous les spectateurs qui ont eu la chance de voir le Faust de Goethe que le metteur en scène incarnait à Chaillot en 1981. Vitez sortait nu d’une malle, ne sachant plus rien ni de sa vie ni de son corps, malgré connaissances, expériences et sagesse accumulées.
Le comédien met à nu la configuration de l’acteur qui va passer les vêtements d’un autre.
L’aventure du Graal Théâtre est évidemment évoquée dans la compagnie de Jacques Roubaud : « C’est Jacques qui s’aventure dans la forêt des textes…Nous avons désormais plusieurs pays, plusieurs langues, plusieurs siècles à embrasser. »
Une seule branche ne réussira pas à recréer la forêt, les deux amis s’accordent le temps de dix pièces et dessinent un arbre à dix branches. Il faut sans cesse choisir, et pas seulement parmi les aventures mais parmi les chevaliers.
Reviennent à l’esprit, quand on se retourne derrière soi, des formes et des couleurs, des joies et des peines, des robes portées dans la vie, des costumes de théâtre, des guirlandes de vêtements qui se balancent comme des chansons qu’on n’oublie pas.
Le plaisir est grand de suivre le chemin d’une existence dévolue à la fois, à l’art du théâtre – écriture, lecture et spectacle vivant – comme à la vraie vie des jours qui passent – croisements, rencontres, partages et amitiés -, une famille que l’on recrée.
Un manifeste existentiel.

Véronique Hotte

La vie comme au théâtre, de Florence Delay de l’Académie Française, Blanche, Gallimard

À lire également :
Sept Saisons, de Florence Delay de l’Académie Française, Les Cahiers de la NRF, Gallimard
product_9782070148073_98x0
Florence Delay, écrivain, dramaturge et comédienne, relate le travail des metteurs en scène et interprètes d’une grande époque créative, de 1978 à 1985, qui monte des textes classiques et des textes contemporains, avec les talents divers et prestigieux d’Antoine Vitez, de Giorgio Strehler, de Claude Régy, de Roger Planchon, de Bob Wilson, de Peter Brook, de Bruno Bayen, de Brigitte Jacques ou de Jorge Lavelli.
Le titre des Sept Saisons correspond à la chronique théâtrale tenue par l’auteure à La Nouvelle Revue Française, de 1978 à 1985. Une étude de l’art de la critique.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s