Dancefloor Memories de Lucie Depauw, mise en scène de Hervé Van der Meulen

Crédit photo : Cosimo Mirco Magliocca
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Dancefloor Memories de Lucie Depauw, mise en scène d’Hervé Van der Meulen

Entre la naissance et la mort, la vie et ses états successifs est appréhendée, dans un seul souffle et selon deux pôles : la jeunesse et la vieillesse. Cet état de la vieillesse où l’homme est répertorié physiquement et psychologiquement, est une mesure du temps, un « âge », une situation de l’organisme, une réalité sociologique et collective. L’imaginaire de la vieillesse est évidemment orienté par la pensée craintive de la mort. Dans la conscience collective, les nobles têtes à cheveux blancs incarnent l’admiration pour la force vitale conservée grâce à l’activité physique et sportive, le comportement sage et patient, le jugement pondéré.
On reconnaît en échange les « vieux beaux » à leur refus de vieillir, à la façon de masquer leur âge par une apparence sociale et mondaine de séduction : le faux jeune homme est senti comme à la fois un personnage tragique et burlesque.
Pour la femme, sa jeunesse passée est une est épreuve plus difficile à vivre, à travers sa fraîcheur perdue, mais tout est affaire de relativité et de point de vue.
Il se pourrait que la pièce Dancefloor Memories de Lucie Depauw que met en scène Hervé Van der Meulen ait à voir avec ces trois types pittoresques de vieux jeunes.
Pierre (Hervé Pierre) incarne un homme plutôt posé, « d’un certain âge », qui souffre de troubles de mémoire, ne reconnaissant plus ni femme ni enfants, attaché à son aide-soignante, tel un jeune homme rêvant à la découverte de l’amour, tandis qu’il fait référence à sa propre mère depuis longtemps disparue. Marguerite (Elsa Lepoivre), l’épouse de Pierre, porte beau, longiligne dans sa robe aux plis souples, posant dans une aisance naturelle, et Gary (Christian Gonon), l’amant américain de Marguerite, serait son pendant exact masculin de séduction, un danseur émérite.
La pièce entrecroise les récits et les dialogues, faisant se frôler, se rencontrer et s’éloigner deux à deux, les trois personnages, Marguerite et Pierre, Marguerite et Gary, rarement Pierre et Gary qui s’adressent furtivement la parole à la maison.
Ils – Marguerite et Gary – se meuvent sur la scène réduite du Studio-Théâtre de la Comédie-Française, comme des interprètes de comédie musicale, glissant légèrement sur le plateau, esquissant tel pas de danse, la valse ou le tango, prenant appui l’un sur l’autre, se tenant parla main, se balançant, faisant vivre leur corps de désir. Pierre, de son côté, se déplace peu ou sur des petites distances, égrainant ses remarques pour lui-même, surpris par les allées de la fuyante Marguerite qui s’occupe de son mari avec un soin réel tout en partageant son temps avec Gary.
Un spectacle émouvant et empreint de mélancolie que l’élan et la vivacité dansante des comédiens transcendent pour en faire un moment convivial de partage amusé.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du 26 mars au 10 mai.

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