J’ai trop peur, texte, conception et mise en scène de David Lescot

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage
CA FAIT PEUR -
J’ai trop peur, texte et mise en scène de David Lescot (Heyoka Jeunesse – Actes-Sud Papiers) À partir de 7 ans

« J’ai dix ans et demi, je suis en CM2, après les grandes vacances, c’est la sixième.
Et je sais, enfin j’ai entendu, enfin on m’a raconté, enfin j’imagine, enfin je me suis laissé dire, enfin tout le monde sait que…que c’est l’horreur. La sixième. L’horreur absolue. »
Moi, le personnage central et narrateur de J’ai trop peur, la pièce de David Lescot, destinée aux enfants à partir de 7 ans, n’hésite pas en tout cas à se poser des questions le concernant personnellement. Il lui faut faire prochainement le grand plongeon, pas simplement se mouiller puis se retirer, mais passer d’un seul coup – en deux mois d’été passés sur un bord de mer de Bretagne tonique -, faire le grand saut dans un vide et un abîme inexplorés, de l’école élémentaire au second degré.
Bien sûr, on en avait parlé durant la dernière année de classe primaire, en se rehaussant mais sans prendre au sérieux ce qui n’était qu’un avenir lointain encore.
Rien de mieux pour attiser la flamme de la découverte, que de dynamiser son volume de frissons – angoisse, inquiétude, désarroi –, une aventure vers un inconnu trash, une création digne de ce nom qui fait monter le niveau d’adrénaline de chacun.
Moi se remonte donc le moral à bloc à travers une rêverie de paroles qui vont à cent à l’heure, d’autant qu’on est le grand frère de Ma Petite sœur, une enfant vive à la voix acidulée, une jolie poupée bien vivante, agaçante et encombrante, loin d’être sotte malgré ses deux ans et demi ; elle s’étonne quoique rien ne semble la troubler – elle n’en pense pas moins -, à la fois petite et grande sœur de ce frère déjanté. Quant à Francis, le fils d’un ami de la mère de Moi, il sait de quoi il parle ; il a fait la guerre : il sort de sixième, il est passé par la cour de récréation avec les grands de troisième qui vous bousculent et, par la cantine, no man’s land où on vole le dessert.
Si le texte de David Lescot est ludique et plaisant à loisir, s’amusant des facéties du langage des petits, comme l’expression « Mé sa pa bozoin ! de la petite sœur, la mise en scène est d’une efficacité et d’une poésie éblouissantes. Pour scénographie, la puissance sobre d’un castelet dont les panneaux claquent sèchement– une boîte en bois de pin blanc qui s’ouvre et se ferme, se déplie pour se monter en table scolaire, une boîte à outils pleine de noblesse scénique, un trésor d’inventions.
Quant aux enfants, ils sont interprétés par trois comédiennes à la verve sucrée, à l’enfance gracile et délicate attachée toujours à la silhouette et à l’esprit, toutes fébriles dans l’âme et prêtes à en découdre avec la vie, comme leur personnage.
Le spectacle est donné aux classes de CM2 des écoles voisines du Théâtre de la Ville, une petite merveille, une chance enfin dont les élèves pressentent l’importance.

Véronique Hotte

Théâtre de la Ville, Café des œillets, les 4,18, 24 et 28 mars, le 1er avril.

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