Mary Stuart de Friedrich von Schiller, mise en scène de Ivo van Hove

Crédit photo : Jan Versweyveld
Marie Stuart par Ivo Van Hove 25© Jan Versweyveld.jpg
Mary Stuart, de Friedrich Schiller, traduction en néerlandais Barber van de Pol, mise en scène Ivo van Hove

Mary Stuart, la pièce de Schiller, est un joyaux sombre, une tragédie à la fois noire et scintillante qui met en scène deux figures emblématiques de l’histoire de l’Europe occidentale, Elizabeth I ère d’Angleterre et sa cousine catholique Mary Stuart, reine d’Écosse. Celle-ci attend son exécution pour trahison, accusée d’un complot visant à assassiner Elizabeth ; l’emprisonnement de la coupable est la conséquence de la rivalité entre les deux reines ; Mary prétend aussi au trône. La reine d’Angleterre, puritaine, froide et calculatrice, hésite à prendre la responsabilité de la mort de la reine d’Écosse, sensuelle, vivante et séductrice face à ses sujets de sexe opposé.
Il semblerait même que Mary ait moins peur de mourir qu’Elizabeth de la tuer. Mary Stuart est un drame historique sur le pouvoir, l’ambition et la responsabilité au féminin. Tout oppose les deux femmes, leur relation au monde, à la vie. Autour d’elles, tournent des hommes, dont Burleigh et Schrewsbury, pragmatiques et politiciens ; Mortimer et Leicester, le premier a le feu de la jeunesse et le second, est semblable au précédent, mais plus âgé, roué et intégré cyniquement au système.
Le metteur en scène fait jouer à merveille ces tableaux de groupe, à deux, trois ou plus, des hommes en tenue sombre et sévère, debout ou bien assis, en rang ou bien dos tourné, ils agissent en révélateurs de l’âme noire de leur souveraine respective. La servitude au pouvoir est telle, pour les régnants mais aussi pour leurs acolytes, que ces personnages irradient une lumière trouble et inquiétante, portée par les contradictions intimes, les obstacles et les empêchements intérieurs, les doutes.
Dans l’opposition entre Mary et Elizabeth, transparaît une guerre de religions, telle la Guerre des Deux Roses qu’évoquent les drames historiques de Shakespeare.
La pièce de Schiller a par ailleurs à voir avec l’architecture symétrique racinienne en cinq actes, Mary d’abord, Elizabeth ensuite, la rencontre des héroïnes, le retour d’Elizabeth, le retour final et la mort de Mary. Ces rôles de femmes sont magnifiques, portés par des monologues tour à tour narratifs et poétiques aux envolées lyriques. Cette qualité littéraire tient au choix de Schiller pour lequel le théâtre est non seulement pédagogique – éclairer le spectateur sur les mécanismes politiques du pouvoir – mais encore esthétique, selon la vocation de l’art qui élève la sensibilité.
Dans la mise en scène de Ivo van Hove, s’impose la menace d’un enfermement et d’une capacité réduite de mouvements, de part et d’autre du royaume des reines, du côté de celle qui emprisonne comme du côté de celle qui est emprisonnée.
La scénographie propose un espace vide, un banc à cour et à jardin, soit un lieu aigu, un cadre exposé aux lumières qui retourne dans l’ombre, la scène achevée.
Les murs somptueux semblent bas, comme dans la geôle d’une prison ou sous le dais du pouvoir. Et quand les deux reines se rencontrent et que la prisonnière humilie sa geôlière, lors d’un croisement dans une clairière forestière, elles apparaissent en cavalières élégantes, grandes bottes noires et pull sombre, à la façon des sportives contemporaines qui goûtent largement aux bienfaits de la nature.
Sur l’écran des murs, bougent les ombres des feuillages et des branches d’arbres, entre images de consolation et signes d’inquiétude d’une force brutale tapie.
Les acteurs du Toneelgroep Amsterdam & Toneelhuis sont d’un professionnalisme rigoureux, droits et tendus vers l’action ou la pensée à venir. Saluons particulièrement, comme il se doit, les prestations de Chris Nietvelt pour Elizabeth, et Halina Reijn pour Mary Stuart. Les deux comédiennes dégagent une allure souveraine. Et quand elles revêtent la robe seyante qui leur est due, elles sont deux figures féminines éblouissantes de grâce, deux apparitions qui traversent le monde.

Véronique Hotte

Maison des Arts de Créteil, du 26 au 28 mars, pour EXIT15, du 26 mars au 5 avril.

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