Kafka – Fragmente, musique György Kurtag, texte Franz Kafka, mise en scène Antoine Gindt

Crédit Photo : Pascal Victor/ArtComArt
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Kafka-Fragmente, musique György Kurtag, textes de Franz Kafka, mise en scène Antoine Gindt

« Je suis sale, Milena, infiniment sale, c’est pourquoi je parle tant de pureté. Personne ne chante de manière aussi pure que ceux qui se trouvent dans le plus profond des enfers : ce que nous prenons pour le chant des anges, c’est leur chant à eux. » Soit le quatrième Fragment de la partie III des Kafka-Fragmente (1985-1987), une musique pour soprano et violon du compositeur hongrois vivant György Kurtag, qui a eu pour disciple György Ligeti à Budapest et dont l’œuvre a reçu la consécration au tournant des années 1980, après la création à Paris par l’Ensemble intercontemporain de Messages de feu Mademoiselle Troussova.
Le compositeur juif hongrois de Roumanie vit dans une proximité extrême avec l’œuvre de l’écrivain juif tchèque Franz Kafka de langue allemande, une œuvre tendue vers l’expression d’une image, d’une pensée originelles, « la vision et la musique telles qu’elles existent et se communiquent avant la page, avant le papier. »
A partir de 1985, Kurtag commence à rassembler la matière de son livret, les textes de Kafka, tels Journal, Correspondance, Médiations sur le péché, la souffrance, l’espoir et le vrai chemin, et Les huit cahiers in-octavo.
La partition sonore –musicale et vocale – ainsi obtenue décline une tension à la fois d’intimité et ouverte aux visions figuratives. Cette heure de musique inouïe est dévolue à une voix soprano – celle de Salome Kammer – et à un violon, celui de Carolin Widmann, qui commente le projet dans un entretien avec Peter Krause :
« Les textes de Kafka, propres à ébranler le monde, sont réunis en un cycle unique en son genre qui se traduit dans une musique extrêmement complexe.
Les textes de Kafka se composent de fragments d’une ou de deux phrases, pas plus. Kurtág a écrit une musique très économe, c’est la rencontre de deux types d’artistes. Les exigences sur nous deux – Salome Kammer et moi – sont follement hautes, nous avons dû travailler pendant deux ans. Tous les paliers d’émotion sont franchis et exigent un maximum de justesse. C’est une musique formidable. »
Pour mettre en scène cette œuvre destinée au concert, Antoine Gindt a imaginé une boîte mentale théâtralisée et habitée par le rêve vivant de Kafka, à travers les échanges et les entremêlements inattendus de la voix et de l’instrument. La pièce concert se présente à la façon d’un théâtre inversé – presque un castelet pour marionnettes – où les spectateurs, public et auditoire, partent en quête de l’adresse posée, depuis les figures solitaires d’un chœur muet jusqu’à sa recomposition finale.
Sept figures fantasmatiques hantent ce songe, vêtues dignement de noir, dont on ne voit parfois surgir que le visage éclairé ou bien les pieds jusqu’aux genoux dénudés.
De belles miniatures musicales et espiègles naissent et disparaissent sur la scène – paysages, être animés ou non, animaux et thèmes -, des chemins et des danses, des feuilles mortes d’automne, des cachettes secrètes intérieures, des manteaux d’ enfant, des cloches rustiques, des cannes d’écrivain, des fleurs et des crépuscules.
Les artistes – Salome Kammet et Carolin Widmann – sont deux solistes à l’unisson, qui s’expriment librement. Le duo féminin passe à l’infini de la douceur plaintive aux déchirements âcres, du désespoir le plus volatile à un humour désinvolte, un spectacle porté comme un bijou sur l’écrin scénographique de Klaus Grünberg, entre visions échappées de blanc, gris et noir, lignes vives de dessins et projections vidéo.
Une pièce de concert de haute densité musicale et vocale qui sait jouer des silences.

Véronique Hotte

Athénée Théâtre Louis Jouvet, du 19 au 22 mars.

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