Boesman et Léna de Athol Fugard, mise en scène de Philippe Adrien

Crédit photo : Antonia Bozzi
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Boesman et Léna de Athol Fugard, texte français de Isabelle Famchon (Ed. Opale), adaptation et mise en scène de Philippe Adrien

Parlant du succès national et international de Boesman et Lena de l’Afrikaner Athol Fugard, Georges-Marie Lory pense qu’il s’agit de la conciliation entre un drame sud-africain banal, des préoccupations universelles et la fascination pour la fuite du temps (L’Afrique littéraire et artistique). Ancré socialement et politiquement dans l’apartheid, l’art de ce théâtre réside dans les dialogues à deux comme si chacun entrait en conversation avec une autre part de lui-même.
Chassés d’un bidonville par le bulldozer de l’homme blanc, Boesman et Léna, un homme et une femme sud-africains, un couple de métis qu’on appelle des « bruns », errent jusqu’à un terrain vague où l’homme va construire un abri toujours provisoire. Le couple dort dans la boue et la saleté, il ne voit chaque jour se lever que pour s’adonner à un petit trafic misérable de bouteilles vides, les restes concédés par les beuveries des blancs. L’arrivée d’un Bantou sur leur territoire, Outa, qui signifie « vieux type », un nègre, un cafre, bouleverse leur relation. Léna croit possibles le face à face et le dialogue ; Boesman ne comprend pas, se montre jaloux, haineux. Placés dans une situation invivable, Boesman et Léna sont à la fois bourreaux et victimes.
Le drame fait un constat terrible, la perte définitive des vraies valeurs, qui ont volé en éclats, celles de la civilisation africaine étranglée, c’est-à-dire la solidarité avec l’étranger démuni et le respect des vieillards.
Or, « Pour Sud-Africains qu’ils soient, Boesman et Léna sont parmi nous. Le soleil et l’apartheid en moins, notre Europe malmène aussi les laissés-pour-compte de l’opulence. Et le racisme dont ils sont victimes n’est pas mort. »
Dans la mise en scène de Philippe Adrien, la scénographie et les costumes de Erwan Creff donnent à voir avec justesse l’ambiance du marais, un non-lieu abandonné sur les bords d’une rivière dont on entend le murmure chantant. Sinon, la ligne d’un horizon lointain dans un ciel lumineux qui accueille la majesté d’un soleil levant ou couchant, avec sur le plateau nu, des morceaux de bois, des feuilles de tôle que transporte l’homme du bush pour construire à nouveau un refuge de pacotille.
Léna apparaît, pieds nus, avec des yeux qui ne voient rien, sauf le sol juste devant elle, marchant « comme une somnambule, le visage ratatiné et tordu par la misère, par le ressentiment, par les regrets ». La comédienne Nathalie Vayrac interprète Léna, elle revêt l’apparence de l’errante égarée, prise de pitié et de compassion pour l’étranger mais sa voix simule et joue excessivement, ne révélant rien en profondeur. Il manque à l’actrice une liberté de jeu et de déclamation, telle celle de Boesman, compagnon maussade et agressif, qu’incarne avec vérité Christian Julien.
Quant à Outa (Tadié Tuéné), il mime plutôt bien les borborygmes d’une langue inconnue.
Mais malgré les intonations plaintives de Léna, la mise en scène est pertinente.

Véronique Hotte

Théâtre de la Tempête – Cartoucherie, du 13 mars au 12 avril. Tél : 01 43 28 36 36

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