Albertine Sarrazin, d’après l’oeuvre d’Albertine Sarrazin, adaptation et interprétation de Mona Heftre, mise en scène de Manon Savary

Crédit Photo : Louis Descamps
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Albertine Sarrazin, d’après l’œuvre d’Albertine Sarrazin, adaptation et interprétation de Mona Heftre, mise en scène de Manon Savary

La vie est parfois plus fictive que réelle ; il en aura été ainsi pour la jeune Albertine qui connaît la prostitution, les vols à main armée et les évasions de prison, se brisant l’astragale et rencontrant à l’occasion son futur époux, le casseur Julien Sarrazin.
Ils s’aiment, s’épousent en prison et accomplissent leur temps dû à la Justice.
Silhouette à la chevelure claire en bataille, vêtue dans la simplicité d’un pantalon et haut noirs, les pieds nus, ou chaussée de talons blancs, la comédienne et chanteuse Mona Heftre arpente avec élégance la petite scène du Théâtre de Poche Montparnasse, menue et vive, assise ou debout, souriante et facétieuse, sûre d’elle.
Entre documents et bribes de films où l’on découvre la reproduction d’articles judiciaires imprimés dans les journaux des années 60, – par exemple, « deux respectueuses de 16 ans écrouées après avoir commis des vols divers ». Ces jeunes filles délurées sont Albertine et sa compagne d’internat Émilienne.
On surprend aussi au détour des errances urbaines de la grande marcheuse, la figure énigmatique et mythique de la jeune Albertine partie à la découverte de Paris et de tous ses mystères, de la Place de la Concorde aux rues célèbres de la capitale.
Mona Heftre n’a pu rester indifférente à la dignité féminine de ce portrait en pied qui se meut dans les abîmes de la grande ville, rebelle à toute soumission ou pression.
L’histoire de ce conte noir a bouleversé l’artiste Mona Heftre, qui non seulement joue de sa présence sur le plateau mais chante avec feeling et grâce de beaux textes.
Pour Albertine, l’écriture est un salut, comme l’art pour le poète, une arme de survie.
La vérité fait le feu de ces talents-là, leur vérité intime, hors des mensonges.
Et si l’on parle de libération intérieure, de délivrance personnelle ou d’évasion symbolique, il faut évoquer ces passions littéraires, théâtrales ou musicales, chez l’une l’auteur, et chez l’autre l’interprète, qui une fois installées ne s’usent jamais.
La vie d’Albertine – fugueuse, prisonnière puis en cavale – est un roman en soi.
Albertine a choisi sa vie sans jamais renoncer à ses aspirations, à travers une bagarre constante avec les autorités – parentales, scolaires ou policières.
Mais à côté de la rage de vivre de l’héroïne, s’impose la condition existentielle de grande amoureuse qui ne pouvait que toucher l’interprète et le public avec elle.
Si Albertine a écrit ses Lettres à Julien, L’Astragale, La Cavale – un acte de résilience salutaire -, c’est qu’elle peut ainsi s’adresser à son complice, le séduisant Julien avec qui elle partage l’expérience de la détention, chacun de son côté.
Ce moment passé avec Albertine Sarrazin et Mona Heftre est un enchantement qui révèle finalement chez les deux femmes un fond de gaieté, une vitalité ludique et virtuose, une force fascinante de tempérament capable de fonder tous les espoirs, à nouveau.

Véronique Hotte

Théâtre de Poche Montparnasse, du 24 février au 3 mai. Tél : 01 45 44 50 21

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