L’autre Blanchot, L’écriture de jour, l’écriture de nuit, de Michel Surya

Crédit photo : Keystone-France
Manifestations du 6 février 1934 : marche devant la Chambre des députés à Paris
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L’autre Blanchot
L’écriture de jour, l’écriture de nuit
– inédit Collection tel, Éditions Gallimard

À propos de l’engagement nazi de Martin Heidegger, Maurice Blanchot écrit :
« Il y a eu corruption d’écriture, abus, travestissement et détournement du langage. Sur lui pèsera dorénavant un soupçon.»
Un semblable soupçon frappe Blanchot à son tour, auteur à haute exigence littéraire, sur lequel revient Michel Surya qui cite encore en exergue de L’autre Blanchot, une réflexion de celui-ci sur le philosophe allemand, penseur qui s’est révélé faillible :
« Chaque fois qu’il (Heidegger) fut prié de reconnaître son « erreur », il garda un silence rigide ou s’exprima de telle sorte qu’il aggrava sa situation. »
C’est bien à partir de silences, d’omissions, de dissimulations sur des écrits anciens que l’on voit se dessiner la contribution politique de Blanchot lui-même, à la presse d’extrême-droite dans les années 30, lui qui était censé réfléchir à « la conséquence de la pensée ».
De on propre aveu, plutôt que de faute intellectuelle, morale ou politique, Blanchot aurait fait, concernant son œuvre, une faute stratégique, distinguant « l’écriture de jour » de « l’écriture de nuit », le journalisme de la littérature, l’engagement de la pensée. Pour Michel Surya, les écrivains ne manquent pas qui ne se sont pas moins engagés que Blanchot (Bataille, les surréalistes) et qui n’ont pas pour autant permis qu’un tel écart se creuse entre leurs deux « langages » complémentaires.
Blanchot s’est donné successivement pour amis, dans les années 30 et dans les années 60, des personnes que tout opposait. Il est bon de réentendre certaines déclarations. Ainsi, la responsabilité des intellectuels ne cesse pas d’être engagée, et cet engagement les juge, surtout quand la démesure du crime nazi allemand a eu pour effet de faire en partie disparaître la « mesure » du crime fasciste français, enclin, faut-il le rappeler, à l’antisémitisme. On s’étonne que le nom d’Auschwitz apparaisse tard dans l’œuvre de Blanchot ou si peu, dont il fait soudain un usage comminatoire ou théâtral (manquant comme la plupart de ses contemporains à la discrétion que ce nom impose), l’associant même, sans nuance, à celui de Goulag.
Et par la « conversion », (D’une certaine manière, le judaïsme m’est si proche (…) », a-t-il dit), Blanchot rejoint d’un bond le rang des victimes sans avoir jamais réellement risqué d’en payer avec eux ni pour eux le prix. Surya note que le nom de Levinas, l’ami de jeunesse, unique continuité dans la discontinuité revendiquée des ruptures, lisse providentiellement une existence qui a largement manqué à ce que celle-ci affirme pour finir. Un ouvrage qui enfonce le clou, s’il restait des doutes quant aux prises de position douteuses du penseur Blanchot dans les années 30 et plus.

Véronique Hotte

Inédit, tel, Gallimard, 2015

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