Seuil, texte de Alain Enjary, mise en scène et scénographie d’Arlette Bonnard

Crédit Photo : ©2015 http://www.raphaeleetolivier.fr
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Seuil de Alain Enjary, mise en scène et scénographie d’Arlette Bonnard

La figure du revenant shakespearien s’avère un motif familier du domaine théâtral, un leitmotiv, une répétition plastique, musicale, chorégraphique et architecturale.
Le dernier spectacle du duo Alain Enjary et Arlette Bonnard pourrait se lire à l’intention de celle-ci, comédienne, metteuse en scène et scénographe, comme le retour infernal ou festif de celui-là, comédien et auteur. Sur le pas de porte de la dame, usé peut-être de tant de semelles frottées, se tient une âme, un homme, un esprit d’apparence physique qui reviendrait d’un autre monde, d’un autre temps passé. Soit l’expérience pour la voyante malgré elle, d’un fantôme et d’un spectre qui resurgit soudainement à ses yeux et sans alerte, si ce ne sont les coups rudes frappés à la porte, soit l’expression d’une aventure amoureuse indéfinie jamais close.
La réaction féminine face à cette apparition inopportune et décalée dans le cours de sa propre histoire provoque la peur, l’épreuve d’une épouvantable horreur.
La comédienne dont la silhouette fine et sportive aux cheveux souples et blancs défie le temps avec grâce, se retourne brusquement, le dos collé à la paroi d’un long et beau corridor de bois de pin blanc, éclairé avec douceur, qui jouxte la porte d‘entrée. Surprise, le visage offensé, elle lève les bras comme pour s’agripper à un repère qui lui échappe. Puis elle attend, écoutant le discours masculin, un flux de paroles autocritiques sur la situation inopinée que ce revenant impose, commentant, argumentant et ne prenant jamais parti pour telle éventualité, se perdant dans des suppositions infinies qu’il nomme lui-même un vertige, un vide, un néant sans futur.
L’homme franchit le seuil parfois pour entrer dans la demeure, jamais pour en sortir, et on le surprend à nouveau qui récidive, faisant retour en cognant la porte de bois, cinq, six ou sept fois. Cette entrée dans un foyer signifie par métaphore un recommencement existentiel, une chance ouverte de vie nouvelle à ressaisir.
Pourquoi pas, le début d’une histoire autre, le seuil d’une renaissance, le passage à un niveau supérieur selon le dessin ascendant de la spirale de l’évolution.
L’homme, en toute humilité et de sa voix de stentor est prêt à répéter l’aventure de l’amour en la recommençant, en la refaisant, en la réessayant et en la renouvelant.
Précautionneuse, cette réitération ne veut dire ni copie, ni imitation, ni reproduction.
L’homme a la force majestueuse de qui tente et ose, en dépit de tous les risques.
Manipulateur et metteur en scène de sa propre existence, il met à distance les inhibitions de la vie réelle et préfère assumer l’audace d’un rêve fou qui organise avec appétit un nouveau délire amoureux. Palliant l’insuffisance de la raison consciente et du quotidien des jours, il bascule résolument du songe – une leçon d’être – à la veille, en jouant du pouvoir des possibles et des imaginaires.
Ce spectacle solide est d’étoffe poétique, conciliant l’art de l’attente et celui du silence, par-delà le discours volubile du quémandeur qui pourrait – petit bémol souhaité – écourter un peu et sans souffrir le ressassement infini de ses beaux dires.

Véronique Hotte

Théâtre L’Échangeur à Bagnolet, du 2 au 13 mars. Tél : 01 43 62 71 20

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