SCUM Rodeo d’après Valerie Solanas, traduction Blandine Pelissier, mise en scène de Mirabelle Rousseau

Crédit Photo : Hervé Bellamy

©Bellamy-68
SCUM Rodeo, d’après Valérie Solanas, traduction Blandine Pélissier, mise en scène Mirabelle Rousseau, avec Sarah Chaumette

En 1967, Valerie Solanas publie à compte d’auteur son manifeste SCUM qu’elle vend dans les rues de Manhattan, une voix saisissante, étrange et poétique.
Sara Stridsberg, figure de la littérature suédoise contemporaine, qui s’est penchée sur Valerie Solanas (La Faculté des rêves), évoque une satire politique flamboyante.
L’auteure américaine déconstruit le monde autour d’elle : l’art, la politique, l’architecture, la psychologie, la philosophie et la religion : « Valerie est la pute intellectuelle, la pacifiste qui essaie de tuer Andy Warhol, la haïsseuse d’hommes qui leur vend pourtant son corps toute sa vie. » Des paradoxes existentiels et littéraires.
Née en 1936 dans le New jersey, disant être violée par son père et ne supportant pas son beau-père, elle est élevée par son grand-père violent et alcoolique qui l’abandonne à 15 ans. SDF et prostituée, la jeune femme obtient un diplôme de psychologie, voyage aux Etats-Unis et arrive à Greenwich Village.
Valerie Solanas confie en 1967 à Andy Warhol le manuscrit de sa pièce « Up your as », espérant qu’il l’aide à la produire. Elle lui réclame plus tard le manuscrit qu’il a perdu : elle exige réparation et se voit distribuée dans de petits rôles de ses films. Mais attendant Warhol dans le hall de la Factory, elle tire trois balles sur lui en 1968.
Soit une fille sans mère aimante, qui vit dans la rue, prostituée, étudiante, marginale, qui se perd entre prison, internement psychiatrique et toxicomanie :
« C’est un monde d’hommes dans lequel une femme qui décide d’être féministe rencontrera beaucoup de difficultés, mais peut-être qu’il y a beaucoup à apprendre de ce monde, beaucoup de quoi s’inspirer, de par le simple fait de savoir ce que c’est qu’être un outsider le contemplant de l’extérieur », écrit Joyce Carol Oates.
La metteuse en scène Mirabelle Rousseau et la comédienne Sarah Chaumette voient dans ce SCUM Rodeo un programme féministe et libertaire scénique : tract politique, manuel d’émancipation, utopie totalisante, poème d’anticipation… Document monstrueux et paradoxal, le SCUM fascine et rebute sans pour autant cesser d’être une référence misandre. À la fois texte culte et texte confidentiel, depuis bientôt cinquante ans, le SCUM questionne et persiste à invectiver l’ordre social masculin. SCUM signifie rebus (ou déchet) et désigne des femmes « cools et asexuelles » se donnant pour but d’éradiquer le genre masculin !
Ce pamphlet est un plaidoyer révolutionnaire que soutient une parole frénétique, urgente, agressive, un mélange d’humour percutant et d’autoritarisme, anti-machiste et anticapitaliste puisqu’il s’agit de renverser le gouvernement et instaurer l’autonomie à tous les niveaux : « Vivre dans cette société c’est, au mieux, y mourir d’ennui, rien dans cette société n’est adapté aux femmes, alors, à toutes les intrépides qui ont une conscience citoyenne et le sens des responsabilités, il ne reste plus qu’à renverser le gouvernement, éliminer le système monétaire, mettre en place l’automatisation et détruire le sexe masculin. »
Sarah Chaumette est à son affaire quand elle se saisit face à la salle du brûlot féministe, moqueuse, railleuse, sarcastique et toujours bien mise, quand elle arpente la scène d’un pas décidé et frondeur. Mais peu à peu les mots rudes et rugueux s’enflamment à travers une belle incandescence tant et si bien que la blonde comédienne en vient à défaire son chignon élégant : la longue chevelure libre s’électrise quand la conférencière prend place, assise sur son piédestal, peut-être un symbole phallique.
Les cheveux de la belle Mélisande s’élèvent dans les airs, métaphore de gorgone ou de sorcière, tandis que l’actrice sermonne, explique, enseigne et tance son public. Sourire en coin, quand la magie s’achève, un technicien se risque sur le plateau et vient tendre la main à la prêtresse pour qu’elle redescende en toute grâce et sécurité.
Même si le SCUM historique paraît un peu désuet aujourd’hui, il dégage encore de beaux restes qu’il n’est pas indifférent d’entendre.

Véronique Hotte

Festival Elles résistent- La Parole Errante, Maison de l’Arbre à Montreuil, le 17 février.

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