Berliner Mauer : Vestiges, d’après les textes de Heiner Müller, de Frederick Taylor…, mise en scène de Julie Bertin et Jade Herbulot

Crédit photo : Denis Manin
63974-berliner-mauer-denis-manin3
Berliner Mauer : Vestiges, d’après des textes de Heiner Müller, Frederick Taylor, Ian Kershaw, Peter Handke, Wim Wenders, Richard Reitinger, Florian Henckel, von Donnersmarck, John Fitzgerald Kennedy, Ronald Reagan, Mikhaïl Gobartchev…, mise en scène Julie Bertin et Jade Herbulot

Qu’est-ce qu’être né en Europe au moment de la chute du communisme, au cours de la fin d’un certain état du monde et au cours de la naissance d’un autre ?
Telle est la question politique, philosophique et artistique d’une troupe de quinze jeunes comédiens qui, en dernière année au conservatoire national supérieur dramatique de Paris, ont commencé, fin 2013, un travail consacré à l’histoire du Mur de Berlin, projet qui aboutit un an plus tard à Berliner Mauer : Vestiges, dans la mise en scène de Julie Bertin et Jade Herbulot, les initiatrices du spectacle.
Générations confondues, la fascination naturelle n’est jamais désamorcée quand est mise sur le tapis cette époque-charnière de l’Histoire, symbole de réunification physique et géopolitique des hommes, quand la Guerre Froide entre les deux blocs s’effondre, en même temps que le Mur de la honte à Berlin-Est et à Berlin-Ouest, dès fin octobre1989. Pour Jade Herbulot et ses compagnons, cette date résonne comme l’annonce d’un monde uniforme « où les états communistes sont beaucoup moins nombreux et où les idéologies dites anticapitalistes sont minoritaires. Pour notre génération, le libéralisme et le capitalisme sont comme des évidences. »
Se pencher sur cette période où le monde tourne à deux vitesses, invite à s’interroger sans cesse sur notre capacité à imaginer d’autres modes de vie.
Le dramaturge de l’ex-RDA, Heiner Müller, évoque dans un entretien, un doute qui le mine : l’oubli de l’existence d’une alternative au capitalisme (Fautes d’impression) :
« Et personnellement, j’ai vraiment besoin de penser qu’elle existe. »
Il s’agit pour lui, en 1989 déjà, de ne jamais renoncer, contrairement au reste du monde, à être solidaire des autres peuples pour que survive l’utopie perdue d’une société qui rende justice aux besoins réels de sa population.
Nés entre 1986 et 1990, les acteurs enjoués et virevoltants du Birgit Ensemble développent sur la scène une dramaturgie personnelle et souriante de l’Histoire : documents d’archives, discours, extraits de films, chansons, improvisations.
Non seulement, le temps d’une scène burlesque, assiste-t-on à la conférence de Yalta en 1945, avec en direct sur le plateau Roosevelt, Churchill et le machiavélique Staline qui conviennent de diviser Berlin en quatre secteurs, et les Soviétiques aspireront dès lors à forcer les alliés à quitter Berlin. On assiste encore dans la ville scindée à des rencontres avec les grands de ce monde – micro en main et sous les hourras sonorisés des foules en liesse – comme John Kennedy qui déclare : « Ich bin ein Berliner », en 1963, avec à ses côtés la première dame des Etats-Unis.
Jackie est présente en reporter, petit tailleur, chapeau exquis et caméra au poing.
Extraits de films, bande-son, jeu sur le plateau, tout est possible pour nos jeunes gens qui veulent en découdre, non seulement avec l’Histoire mais avec notre présent. La scénographie fait le choix d’une scène bi-frontale qui provoque l’élévation d’un mur – des toiles suspendues qui se déroulent, ou bien des panneaux fixes -, une muraille légère et souple qui n’en est pas moins inscrite, tel un mur de béton, à l’intérieur aussi des têtes. La scène et la salle existent deux fois, dans un monde d’avant la chute du mur, à travers la séparation stratégique des RFA et RDA.
Les spectateurs suivent les efforts de l’un et l’autre camp pour traverser la ligne maudite de démarcation, en creusant le sol de souterrains secrets. Les acteurs surviennent de la salle, des coulisses, de derrière les gradins pour investir l’un ou l’autre côté du mur, en file indienne, seuls ou en couples, silencieux ou bien bruyants, en dansant, chantant, déclamant, et fuyant l’espace du mur ainsi désinvesti de toute action au profit de revues d’acteurs costumés selon le goût de l’époque.
Le plaisir est vif de découvrir de jeunes talents investis par les questions de leur temps et l’art du théâtre ; on peut regretter pourtant un matériau traité en surface.
Le Birgit Ensemble devrait passer naturellement de l’illustration chatoyante d’une époque, « quelque chose qui se laisse contempler » – selon les mots amers de Müller sur la mémoire négligée -, à un contenu de travail théâtral de fond.

Véronique Hotte

TGP Centre dramatique national de Saint-Denis, du 31 janvier au 14 février.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s