Violentes Femmes, texte de Christophe Honoré, mise en scène de Robert Cantarella

Crédit photo : Marie Bonnemaison
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Violentes Femmes, texte de Christophe Honoré, scénographie et lumière de Philippe Quesne, mise en scène de Robert Cantarella

En 1872, dans son ouvrage Homme-Femme, Dumas fils crée le mot de « féminisme », un « néologisme » emprunté au domaine médical, comme si le mot était un exemple du phénomène de dégénérescence dont l’époque est friande alors : « Les féministes, passez-moi ce néologisme, disent : Tout le mal vient de ce qu’on ne veut pas reconnaître que la femme est l’égale de l’homme, qu’il faut lui donner la même éducation et les mêmes droits que l’homme. » Aujourd’hui, la situation de la femme évolue lentement mais sûrement vers l’acquisition des mêmes droits des hommes, en Europe et en Amérique du Nord, à la différence dénoncée d’une grande partie de l’Asie, l’Afrique, la majorité du monde musulman – avec des cas extrêmes, tel l’Afghanistan sous la férule des talibans, l’EI -, les mentalités collectives machistes de ces pays, les pratiques traditionnelles de mutilations sexuelles.
Le texte de Christophe Honoré, à travers plusieurs cas, pose implicitement la question de savoir si une foi peut nécessiter le sacrifice d’une vie ou de plusieurs.
D’un côté, Marc Lépine décide à dix-neuf ans au nom d’une cause – sa lutte virile contre les féministes -, de tuer des étudiantes de l’école polytechnique de Montréal et de se suicider après cet acte de purification. Sur la scène, bien des années après, trois rescapées de la tuerie, interprétées avec un bel élan de vie par Pauline Belle, Johanna Korthals Altes et Pauline Lorillard, accueillent en visite dans leur association la mère du tueur de jadis – la comédienne Valérie Vivier –qui verse, depuis la perte douloureuse de ses deux enfants dans une dévotion incontrôlée et envahissante.
Les trois libératrices aspirent à ce que la mère abusée sorte de son aveuglement fou, troublées encore par l’énigme irrésolue de la fabrication maternelle d’un monstre.
De l’autre côté, une cinquième femme en solo, incarnée avec le talent aguerri de Florence Giorgetti, évoque les apparitions de la Sainte-Vierge et de l’Ange Gabriel sur L’Ile-Bouchard en 1947 : un miracle éprouvé, à douze ans, en compagnie de sa sœur et une amie plus jeunes, et dont elle fait avec émotion un récit patient. Un conte, une fantasmagorie dont elle se plaît à délier inlassablement les fils nombreux.
Cette figure théâtrale est entrevue comme la réplique de la mère dévote québécoise.
Entre ces deux situations-phares, un homme surgit – Nicolas Maury -, à la merci des femmes qui lui font porter des textes « masculinistes » du mouvement antiféministe né au Canada. Les Trois Grâces travestissent l’homme en élégante pour le récit de la vie de Romy Schneider, autre femme emblématique d’un destin tragique.
Avec des voiles de plastique transparent et un rail surélevé et mobile de projecteurs – une scénographie inventée par Philippe Quesne, la mise en scène de Robert Cantarella dessine à vue un chantier vivant d’artiste, un laboratoire d’arts plastiques, un atelier de sculpture et de fabrication en série de figurines en polystyrène.
Des rappels futuristes de la Sainte-Vierge dans sa grotte, à moins que ce ne soient plus crûment des symboles phalliques dont l’espace vierge est peu à peu saturé.
L’assemblage amusant de ces propositions est hétéroclite, sans nécessité réelle, d’ou l’ennui paradoxal du public et ses efforts d’attention face à de beaux acteurs.

Véronique Hotte

Nanterre-Amandiers – CDN, du 4 au 15 février. Tél : 01 46 14 70 00

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