Mon Vieux et moi, d’après Pierre Gagnon, mise en scène Rachid Akbal et Julien Bouffier

Crédit Photo : Didier Noghero, Catherine Van den Steen, Julien Bouffier

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Mon vieux et moi, d’après Mon vieux et moi de Pierre Gagnon, mise en scène de Rachid Akbal et Julien Bouffier

Il est un sujet dont on parle volontiers, la fin de vie, abordée plus ou moins maladroitement. L’appellation de « personnes âgées » ou « du troisième âge » a remplacé celle des « vieux « et « vieillards ». À partir de quatre-vingts ans, la situation devient plus difficile pour chacun qui connaît dès lors le « grand âge », lourd des problèmes liés à l’idée générale de la vieillesse : solitude, maladie et infirmités, perte d’autonomie entraînant une dépendance. Des concepts nouveaux – l’aide à domicile, l’hébergement en petites unités, les « maisons et appartements d’accueil » – ont développé une appréhension autre de l’image de la vieillesse, cette crainte de ce « décès par petits morceaux » dont parle Albert Cohen (Ô vous, frères humains).
Vaut-il mieux mourir, ou bien être vieux, vieille, et souffrir seul(e) ?
L’acteur et metteur en scène Rachid Akbal s’est emparé du roman de l’écrivain québécois Pierre Gagnon Mon Vieux et moi pour l’adapter à la scène et dépasser à travers tous les possibles du plateau les attitudes affectives qui sont les nôtres, entre l’accusation amère de la vieillesse, le rejet, la plainte égoïste, la peur incontrôlable.
« Je viens d’adopter. Il s’appelle Léo, il a quatre-vingt-dix-neuf ans. Je l’ai connu au centre d’hébergement où je visitais ma tante, les dimanches gris. » Le Vieux sur la scène, sera paradoxalement le plus jeune, tout juste retraité, qui accueille le plus âgé Léo, c’est-à-dire Moi. De même, le vieillard Léo est interprété par Rachid Akbal, plus grand, svelte et musclé que son jeune hôte, un rappel subtil et moqueur de toutes les différences à transcender et à neutraliser afin de retrouver le terreau fondateur d’une même humanité. Le spectateur depuis la salle suit d’abord les menus faits et gestes du retraité solitaire et désœuvré, dont un ami aménage l’appartement pour recevoir Léo. Puis celui-ci surgit sur son siège roulant, mobile et vif, depuis la cage du hamster qu’il nourrit de pelures d’orange, jusqu’au grille-pain du matin. Les deux personnages de ce duo insolite vivent une belle relation de compagnonnage amical, entre mutualité et réciprocité qui font qu’ils sont désormais nécessaires l’un à l’autre.
Mon Vieux est davantage bavard tandis que Léo agit sans mot dire, et la dimension onirique de l’imaginaire investit peu à peu la scène, se mêlant au réalisme choisi.
Le frigo, par exemple, et la sensation de froid, de neige et de glace est un accessoire d’importance qui évoque avec malice le climat et les paysages nord-américains.
L’apparition finale du grizzli, personnage mythique de la culture amérindienne, restitue la force poétique qui gît en chacun, aidant à vivre jusqu’au bout. Les heures passent et ne se ressemblent guère dans le quotidien des deux amis qui vont connaître, le temps passant, des moments âpres et trash jusqu’à la fin.
Or, cet apprentissage tardif et ultime des relations de partage et de solidarité fait que la mort est finalement approchée avec une infinie douceur et une tendresse réelle.
Les comédiens sont pleins de justesse et de pudeur : Pierre Carrive est « Mon Vieux », bonne pâte et sourire facile, face à Léo, Rachid Akbal, vif et sûr de lui.
Une leçon pratique et scénique sur la délicatesse de l’art de la transmission.

Véronique Hotte

Le Tarmac – La scène internationale francophone, du 3 au 7 février.

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