Les Armoires normandes, création des Chiens de Navarre

Crédit photo : Philippe Lebruman

Les Armoires normandes, mise en scène Jean-Christophe Meurisse, création collective Les Chiens de Navarre
Chiens Armoires Créteil © Lebruman 2015  DSC_5134
Après le dernier spectacle de 2013, Quand je pense qu’on va vieillir ensemble, la troupe joyeuse des Chiens de Navarre – un rappel en clin d’œil de l’univers des Deschiens, la compagnie de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff des années 80/90, présente aujourd’hui Les Armoires normandes, poursuivant comme naturellement son exploration mordante d’une société contemporaine désertée par la permanence des sentiments, ce qu’on pourrait appeler ironiquement la gestion durable et productive des émotions et de la tendresse dans les relations affectives.
Autant de situations, de portraits de couples, de récits, de descriptions loufoques, entre illusions troublantes et visions fantastiques qui composent un catalogue des ratés de la vie à travers des intentions personnelles gauchies, des volontés mal comprises, une dégradation générale des interrelations : le matériau est volumineux.
Il remplit généreusement l’une de ces fameuses Armoires normandes qui ne sont rien d’autre que des meubles hauts de bois sombre, garnis de tablettes et fermés par des battants, servant à ranger les vêtements et les histoires de famille, oubliées sous les piles bien rangées de linge blanc des services de table et de toilette.
Avec les Chiens de Navarre et leur inspirateur Jean-Christophe Meurisse, les histoires de famille, de couples ou de solitaires endurcis se sont échappés des cachettes de coffres à linge pour investir royalement la scène de théâtre.
D’abord, en guise de symbole protecteur ou bien au contraire déstabilisateur, une croix de Christ vivant et bavard, dénudé et ensanglanté, accueille le spectateur, histoire de le mettre en forme : l’acteur mime en même temps – tête penchée, corps droit ou plié, bras écartés – les tableaux du Greco, de Grünewald, de Rembrandt …
La petite leçon d’Histoire de l’Art n’est pas sans évoquer le poids de la morale chrétienne sur les relations amoureuses et sentimentales des hommes ici-bas.
Pour rentrer dans le vif du sujet, rendez-vous du public avec un célibataire en recherche de douce moitié, impossible à « attraper » : il dort, se lève, prend sa douche, se rend aux toilettes, prend son petit déjeuner et répond aux sonneries de téléphone et de porte, croyant que la dulcinée est au bout du fil ou sur le palier d’entrée. L’homme est presque nu, vêtu d’un peignoir, et l’on peut croire qu’il parle mais ce sont d’autres comédiens, installés au premier rang de la salle, en régie, qui sonorisent les actions – bruits de liquide de bouteille versé, de chasse d’eau, de céréales craquantes matinales – et parlent au micro à la place de l’interprète sur le plateau. Le jeu de mime dessine un personnage réduit à sa propre marionnette, manipulée par une vie à la fois trépidante et désœuvrée, sans but véritable.
Les sketches se suivent, et des images de couples vivent sous nos yeux, depuis la rencontre jusqu’au mariage et la rupture, due à la mort d’un des deux partenaires.
On en passe alors par des émissions de télé-réalité, des interviews de couples auxquels on demande tout simplement de livrer au vu et au su du spectateur, le déballage intime et impudique d’une vie sentimentale réduite à sa portion congrue.
Les jeux à un, à deux personnages ou bien les mouvements d’ensemble sont réglés au couteau : on peut voir en direct l’accouchement d’une mariée dont on récupère le nourrisson qui sert immédiatement de ballon à une équipe improvisée de hand-ball, les invités de la noce initiale qui courent joyeusement sur un terrain de sable.
Et des tubes générationnels divers investissent ce bel espace sablonneux un peu vide que veille un immense palmier : « With or without you » de U2, “Un homme heureux” de William Sheller et « Je te promets » de Johnny Hallyday.
L’ensemble, porté par la qualité d’acteurs très pros, est sympathique : le persiflage est gentiment comique, manière café-théâtre, et d’une légèreté consensuelle.
On attendrait des Chiens de Navarre dignes de ce nom, plus mordants et incisifs.

Véronique Hotte

Maison des Arts de Créteil, du 3 au 7 février.
L’Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise, les 11 et 12 février. Théâtre des Bouffes du Nord, du 3 au 21 mars. Palais des Beaux Arts de Charleroi, les 27 et 28 mars. Carré Les Clonnes, scène conventionnée de St-Médard-en-Jalles et de Blanquefort, les 2 et 3 avril. Théâtre Sorano – Jules Julien, Toulouse, du 9 au 11 avril. La Faïencerie au Théâtre de Creil, le 16 avril.
Les Subsistances à Lyon, du 10 au 13 juin.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s