En attendant Godot, de Samuel Beckett, mise en scène de Laurent Vacher

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

 EN ATTENDANT GODOT -

En attendant Godot de Samuel Beckett, mise en scène de Laurent Vacher

 

La mise en scène par Laurent Vacher du standard de Beckett, En attendant Godot (1952), installe l’action dans l’abandon d’une périphérie urbaine désolée, une zone désaffectée que les regards intéressés et mobiliers de la ville n’investissent plus.

Le mur de fond, un écran monochrome lumineux, se colore de bleu, de rouge, de vert, de pastels qui tournent en alternance, selon le passage de « la Blafarde ».

La scénographie de Jean-Baptiste Bellon a posé tranquillement sur le plateau de scène des tuyaux d’égout de vieux métal rouillé, les restes désaccordés d’un fonctionnement vétuste et condamné, entourés de murs informes de béton grisâtre.

Fi des didascalies beckettiennes, l’arbre n’est plus celui de la nature – tronc et branches qu’une guirlande de feuilles de lierre recouvre dès la seconde journée -, mais un poteau électrique et téléphonique avec ses fils distendus, un rappel lointain de la croix christique, d’autant que les échanges verbaux entre Estragon et Vladimir, des propos disjoints eux aussi, ont à voir avec les deux larrons du Mont des Oliviers, dont la possibilité de la survie de l’un, selon l’un encore des quatre évangélistes.

Du terme de « larrons », nous sommes passés dans la mise en scène, à celui de « lurons », une paronymie hasardeuse que nos joyeux drilles revêtent à travers une allure burlesque et clownesque, tout en se posant la question récurrente du salut.

L’univers décrit correspond, selon la vision de Laurent Vacher, à nos temps post-modernes irresponsables qui engendrent aveuglément des Sans Domicile Fixe, une population nouvelle mais déjà ancienne qui fait partie d’une société injuste et inique.

À population différente – il faudrait évoquer encore les Roms de notre présent immédiat -, correspond un paysage autre, à l’image de ses habitants démunis.

Or, nos deux bavards à l’humour sombre plaisantent en cheminant dans des considérations philosophiques qui concernent les privilégiés que nous sommes.

Les deux amis en chapeau melon attendent un certain Godot depuis un temps indéfini. Attente immobile, crainte et espoir, le désœuvrement se métamorphose, selon les instants et les événements. Résonne alors comme un coup de tonnerre dans cet ennui destiné à tuer le temps, l’arrivée d’un couple tout aussi étrange, celui de Pozzo et de Lucky, le maître et l’esclave, qui se martyrisent mutuellement.

Antoine Diquéro est Pozzo, une caricature de tyran autoritaire et sans cœur, plutôt convaincant, suscitant le rejet et la désapprobation, tandis que Jean-Claude Leguay, profondément énigmatique et imprévisible, lui donne muettement la réplique.

Un Lucky loufoque, absent au monde et à lui-même, doté d’une dégaine inénarrable, cheveux longs, sous-vêtements de vieillard et ceintures militaires inquiétantes.

Vladimir et Estragon – Dupont et Dupond – en ont le souffle coupé, faisant état de leur colère face à l’état du monde, tentant de comprendre en vain l’incompréhensible.

Pierre Hiessler incarne un Estragon désabusé et mélancolique qui donne sa réplique amère à Vladimir – Antoine Mathieu -, comédien plus solaire et à la voix profonde.

Un En attendant Godot tendance grotesque avec ses clowns tristes de cirque.

Véronique Hotte

Théâtre Jean Arp de Clamart, du 13 au 24 janvier. Tél : 01 41 90 17 02

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