Plexus – conception Aurélien Bory, avec l’interprétation de Kaori Ito (Compagnie 111)

Crédit Photo : Aglaé Bory

06-Plexus@Aglae_Bory

Plexus, pièce d’Aurélien Bory pour Kaori Ito, conception – scénographie et mise en scène Aurélien Bory, chorégraphie Kaori Ito

 

« Plexus » signifie à l’origine « entrelacement ». Le terme anatomique qui lui correspond – le réseau de nerfs ou de vaisseaux – évoque à la fois le mécanisme intérieur du mouvement musculaire et la mécanique extérieure de la danse, entrelacements de gestes, de déplacements, de corps ou de parties du corps.

Pour l’inventif Aurélien Bory, l’enjeu conceptuel du spectacle consiste à brosser le portrait de la danseuse japonaise Kaori Ito, soit la mémoire d’un corps travaillé entre Terre du Levant, Nouveau Monde et Vieille Europe, une expérience personnelle et universelle qui recèle « les traces de la danse à l’intérieur de ce corps vivant ».

Le scénographe et metteur en scène marque sa préférence artistique pour le dialogue entre le monde intérieur et le monde extérieur, l’épreuve même de toute vie.

Aurélien Bory utilise le corps et l’espace comme les prismes privilégiés de ce portrait mouvant et pose magistralement la danse et son déploiement comme optique.

L’interprète est à demi humaine et à demi marionnette, manipulée intérieurement par des fils invisibles qui paradoxalement restent spectaculaires à l’extérieur du corps en scène. Les mouvements naturels de la marionnette, un éventail de gestes mécaniques et comme téléguidés de l’intérieur, habitent le corps de la danseuse.

Le réseau de fils qui entourent la silhouette de la jeune femme s’apparente à une image ou à un reflet métaphorique de la forêt originelle d’où il faut s’extraire pour pouvoir vivre, dans un combat permanent avec des forces autres et hostiles qui font malencontreusement obstacle au corps intime de l’être aux prises avec le monde.

Apparitions, disparitions, jeux d’ombres et de lumières, effigies sculpturales de la beauté, postures arrêtées dans la mort, l’existence est une marche difficile entre les grands épis acérés d’un champ de blé sec, indifférent aux inquiétudes privées.

On s’accroche aux obstacles, on les évite, on passe outre, et le chemin personnel de l’être articule méticuleusement sa progression à la fois physique et métaphysique, selon les mouvements perpétuels et muets de balancier du grand astre temporel.

Le spectacle a des allures de mise en jeu d’un hologramme éblouissant, enregistrant et diffusant des images obtenues par interférence entre deux faisceaux de lumière cohérente dont l’un éclaire le sujet et l’autre sert de référence.

Le public est subjugué par des images grandioses et insolites qu’il ne maîtrise plus.

Les prouesses visuelles obtenues stimulent la richesse onirique de l’imaginaire.

Dans la forêt de fils élastiques tendus, la danseuse se fraie méthodiquement un chemin, une figure au visage absent dont les mains vivantes éclairées pincent les cordes d’un instrument invisible avant d’avancer et de présenter sous les lumières un pied et une jambe, soulignant la marche du corps, comme celle du temps qui passe.

Parfois, un large tissu carré ou rectangulaire s’envole et danse dans les airs, épousant avec bonheur les vides de l’entremêlement infini des fils tendus : l’interprète manipule-t-elle ce linge évanescent et volatile, ou bien est-elle à l’inverse, l’objet de cet accessoire maléfique ou bénéfique, certes profondément magique ?

La grâce de Kaori Ito anime avec éclat cette chorégraphie singulière et prestigieuse à l’audace crâne dont la trame vivante, pleine et déliée, dessine un tissu précieux.

Véronique Hotte

Les Abbesses – Théâtre de la Ville, du 26 décembre au 4 janvier. Tél : 01 42 74 22 77

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