Mataroa, la Mémoire trouée, mise en scène d’Hélène Cinque

Crédit Photo : Danielle Aspis

 PDV HELENE 5 DEC 2014 098

Mataroa, la mémoire trouée, une création collective inspirée des témoignages des passagers du Mataora et notamment de Nelly Andrikopoulou, mise en scène de Hélène Cinque

En décembre 1945, lors d’une période sombre de l’histoire grecque, les philhellènes Octave Merlier, directeur de l’Institut français d’Athènes, et son collaborateur, Roger Milliex, conçoivent l’idée du voyage mythique du Mataroa. Après bien des péripéties diplomatiques et des reports, ils affrètent un bateau néo-zélandais, le Mataroa, et 140 boursiers du gouvernement français prennent ainsi le large pour Paris. Un grand nombre d’artistes, d’intellectuels et de scientifiques grecs de la génération d’après-guerre échappent à la mort, la peur et la faim, le lot quotidien grec à l’aube de la Guerre Civile. C’est l’occasion inespérée pour ces jeunes d’un tremplin vers le futur.

Parmi les passagers de cette arche contemporaine, se tiennent des penseurs dont Cornelius Castoriadis, des sculpteurs, peintres, poètes, auteurs, médecins, architectes, un cinéaste, un chef d’orchestre, un historien et un académicien et d’autres nombreuses figures de l’ombre à la vie digne.

Près de soixante-dix ans plus tard, dans une belle mise en abyme du passé et du présent posés en miroir, de jeunes artistes grecs, entre Athènes et Paris, au cœur d’une crise économique et sociale sévère, réussissent en 2014 à transposer au théâtre le projet du voyage mythique du Mataroa, un événement historique du parcours de la Grèce moderne, mis en scène par Hélène Cinque sur le plateau de la salle de répétition du Théâtre du Soleil à La Cartoucherie.

L’Idée artistique, sa recherche, repose sur Elita Kounadi, accompagnée de Cybèle Castoriadis, Dimitris Daskas, Pantelis Dentakis, Ioanna Kanellopoulou, Elita Kounadi.

Le public découvre, sur la scène à peine éclairée pour cause de censure et de couvre-feu, un appartement avec sur le panneau frontal, des photos d’époque des acteurs du projet Mataroa, épinglées de chaque côté d’un écran central où sont visionnés les documents sur les événements fondateurs de la Libération d’Athènes, puis sur le partage entre Staline et Churchill de la Roumanie et de la Grèce. Une répression s’ensuit contre les patriotes communistes. Les événements de décembre 1944, lors d’une manifestation pacifiste, provoquent des morts dont est responsable la police aux ordres des milieux de la droite traditionnelle et activiste.

La mise en scène propose une intrigue de théâtre dans le théâtre puisqu’une des comédiennes, qui dirige les acteurs, formée historiquement et engagée comme ses compagnons, se retire dans le haut des gradins pour apprécier à la régie la troupe au travail sur le plateau. Elle intervient aussi dans l’espace de théâtre pour un détail plus précis, interprète un personnage : le groupe prend forme, jouant l’illusion de la réalité, l’Histoire et ses problématiques collectives et individuelles.

Cybèle Castoriadis, Dimitris Daskas, Pantelis Dentakis, Malamatenia Gotsi, Ioanna Kanellopoulou, Elita Kounadi, Tatiana Pitta, Harold Savary, Georges Stamos, Polydoros Vogiatzis s’installent sur la scène et jouent les situations dramatiques dont ont fait l’expérience les aspirants au départ de la Grèce, en décembre 1945. Le spectateur assiste à des moments de lecture de lettres amicales depuis la France ou depuis la Grèce, sous la lampe d’un bureau ; à des instants de détermination politique affichée de la part des deux couples initiateurs du transit maritime. Le public est convié encore à des scènes d’appels téléphoniques tendus avec le responsable commercial de voyages maritimes – un rôle comique au pittoresque grec. On découvre précautionneusement l’espoir naïf des candidats au départ avec lune peine au cœur due à l’abandon de la terre natale et du combat politique. On observe des situations difficiles où l’homme d’un couple a la chance de partir, laissant sa femme avec le bébé, et invitant les deux à venir le rejoindre l’année suivante. D’autres s’empressent de se marier devant un pope alcoolisé, une scène de grand comique.

Sans la moindre baisse de tension ou d’attention scénique, ces situations jouées dans la distanciation évoquent l’actualité de nos temps difficiles, surtout pour bon nombre d’habitants de la planète, touchés par les guerres, la pauvreté et la famine, pour lesquels encore prendre un bateau et quitter la misère reste un trop grand luxe.

La mise en scène d’Hélène Cinque propose de vivre un moment révolu mais toujours reconductible de l’Histoire en même temps qu’elle sensibilise le spectateur à un présent redoutable mais porteur d’espoir à travers des tableaux qui révèlent que tout est encore possible pour qui veut faire une expérience autre de l’existence insatisfaisante. Une vie qui soit plus digne, plus riche d’humanité et de générosité.

Véronique Hotte

Salle de Répétition du Théâtre du Soleil, La Cartoucherie, du 10 au 28 décembre. Tél : 01 43 74 24 08

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