Dieu, qu’ils étaient lourds…! de Louis-Ferdinand Céline, mise en scène de Ludovic Longelin

Crédit photo : Camille Goudard

Dieu, qu ils etaient lourds _Marc-Henri Lamande_2 © Camille Goudard

Dieu, qu’ils étaient lourds … !, rencontre théâtrale et littéraire avec Louis-Ferdinand Céline (Éditions Gallimard), mise en scène de Ludovic Longelin

« Dieu, qu’ils étaient lourds … ! » – tel est le titre du spectacle de Ludovic Longelin avec Marc-Henri Lamande, qui reproduit l’une des phrases ultimes d’un dernier entretien radiophonique avec Louis-Ferdinand Céline dans les années 1950. Un jugement sur les hommes, sarcastique et sans appel, par l’auteur de Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit qui n’en a pas moins traité que de ces hommes-là, aussi bien en tant qu’écrivain que comme médecin, « par respect et par pitié ».

Seul en scène, assis dans un fauteuil de bureau – « un décor de chaise électrique » -, l’écrivain pourrait rappeler la posture mythique de Molière, comédien des comédiens, dans son fauteuil d’époque. La comparaison scénique s’arrête là : autres temps, autres mœurs, le spectateur est pourtant à deux doigts de penser, non sans sourire, que l’auteur majeur de notre XX é siècle est bien un Malade imaginaire quand il évoque sa vie, son enfance et ses détestables prises de position politique.

Avec panache, le public assiste à une conférence privée, dispensée par l’artiste en entretien radiophonique, une réflexion pleine d’acuité et de justesse sur l’écriture, l’enjeu de sa vie, infiniment élaborée et qui passe par la vibration de l’émotion : « Au début n’était pas le Verbe, mais l’Émotion, ensuite seulement vint le Verbe… »

L’explication de l’esthétique énigmatique de la langue de Céline est révélée par l’auteur lui-même ; on pourrait définir cette écriture novatrice et « décapante », selon les mots d’aujourd’hui, en notant qu’elle instille pour la première fois dans la langue écrite du langage parlé – et quel langage ! : animé, vif, vivant, cru, cocasse, populaire et âpre, violent, comique et insaisissable, comme la vie elle-même.

Le principe de l’écriture infiniment travaillée pour obtenir ce rendu de spontanéité vivace et vivante, réactive au monde et aux hommes, plutôt instinctive encore, repose sur l’idée d’un décalage ou d’un décadrage infimes qui déstabilise l’attente. De cette distorsion de l’académisme ou du chromo selon Céline-même, résulte l’art : « Il n’y a pas de mystère, il faut mettre sa peau sur la table, il faut payer… »

D’où naturellement, ce balancement existentiel entre le désir et la mort, le véritable battement du cœur et de l’âme qui rend compte de la lutte entre Éros et Thanatos : « Vous savez, les gens désirent, puis ils meurent …» Le public a rendez-vous aussi avec l’admiration que l’écrivain voue à la médecine et avec la haine que lui inspire la guerre, qui attire autant « l’élite » indifférente que le « populo », avide d’en découdre et de s’agiter dans le sang.

Avec en alternance pour seul interlocuteur, Thomas Ganidel, Ludovic Longelin, Mathieu Wilhelm qui jouent les journalistes littéraires de l’époque sur leur table radio, le comédien Marc-Henri Lamande est tout simplement Céline, que l’on devine entouré de ses chats, misanthrope, bougon et grognon, mais tellement subtil.

La prestation du comédien rend hommage à la qualité humaine et littéraire d’un grand écrivain de notre temps, en dépit des positions absurdes qu’il ait pu prendre.

Véronique Hotte

Théâtre La Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle 75018 Paris, du 18 novembre au 21 février 2015 (les semaines impaires, du mardi au samedi). Tél : 01 40 05 06 96 En alternance, avec le même comédien Marc-Henri Lamande, La Chair de l’homme de Valère Novarina, du 25 novembre au 28 février 2015 (les semaines paires).

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