Le Goût du faux et autres chansons, mise en scène de Jeanne Candel

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

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Le Goût du faux et autres chansons, mise en scène de Jeanne Candel de La Vie brève

 

Jeanne Candel et son équipe nombreuse de la compagnie de la Vie brève a l’art d’accomplir, en matière de création, un travail rare de recherche et de laboratoire.

Figure emblématique – discrète et sûre -, à l’écoute des uns et des autres qui se révèlent sur le plateau des personnalités fortes et singulières, la metteure en scène tisse en aparté une toile scénique d’un fil précieux autant que solide qui fabrique la matière arachnéenne d’un spectacle fin, léger et volatile, qui avance en compositions éclatées, des « constructions post-dramatiques » qui ne reconnaissent ni situations identifiables, ni personnages scéniques, ni drame classique.

Les acteurs sont impliqués dans le processus d’écriture et improvisent durant les répétitions en direct, ou bien inventent des scènes à part qu’ils partagent ensuite devant le groupe.

Après la découverte, entre autres mises en scène, de Robert Plankett (2010), de Some kind of monster (2012) et depuis la révélation du Crocodile Trompeur/Didon et Énée d’après l’opéra de Purcell et d’autres matériaux avec Samuel Achache (2013), pour lequel elle reçoit le Molière du théâtre musical 2014, Jeanne Candel compose ses spectacles avec la présence de la musique.

Dans Le Goût du faux et autres chansons, les comédiens sont musiciens, et la brune et élégante Juliette Navis revient régulièrement jouer de son piano, vue de dos après qu’elle ait traîné de jardin à cour la longue traîne de sa robe, retenue par une machine à coudre actionnée sur le sol dans la résonance des piqûres de couture.

On la reverra plus longuement en animatrice décidée, robe longue moulante scintillante, micro en main, interpelant le public en anglais, auditoire dont elle moque les connaissances approximatives en langue étrangère, qui peuvent l’entraver.

Quant à la blonde Sarah Le Picard, chanteuse par ailleurs de la petite formation orchestrale sur scène, elle est une intervieweuse ironique en tenue de fête de réveillon de fin d’année, installée dans le haut de la salle, micro en main, qui pose des questions à deux cosmonautes russes en mission dans l’espace et communiquant avec la Terre grâce à la télévision. Ceux-ci sont peu loquaces et semblent bien se porter à l’intérieur de leur cabine, mimant des gestes et des poses physiques étranges, les jambes et les bras en lévitation tandis qu’ils sont assis.

Auparavant, une comédienne facétieuse apparaît, intrépide et un rien crâneuse et gouailleuse, en robe moulante, qui se met à danser furieusement, seins dénudés, puis qui se retrouve en petite tenue sous le plastique qui recouvre le plateau, mimant le monstre du Léviathan perdu et évoluant dans les eaux profondes de son lac.

La même figure réapparaît à d’autres moments, les mains bleuies comme des gants. Un couple semble vivre des moments difficiles, la femme est vive et dynamique, et l’homme, écrivain en souffrance, est plutôt passif et dépressif. La femme d’affaires lui propose un nouveau départ professionnel et artistique pour tous les deux en Amérique latine ; l’homme décline la proposition. Une autre femme dans sa cuisine, prend sa tête pour un plat de viande et avant de l’enfourner dans le four, elle jette, debout sur sa table de travail, des épices sur sa chevelure et introduit du persil dans ses oreilles. On revoit régulièrement les situations qu’on a pu saisir çà et là.

Les saynètes s’entrecroisent, délicates, travaillées et élaborées avec soin, et finissent par composer la belle toile initiale qu’on pressentait, légère et évanescente.

On aimerait que toutes ces improvisations un peu étirées lors de la représentation, fort riches et subtiles au moment de leur création sur la scène par leurs auteurs, finissent par composer les arcs d’une ombrelle solide ouverte en direction de la salle qui attend toujours un peu plus de sens, au-delà des rires amusés des spectateurs.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité Internationale, avec Le Festival d’Automne, du 24 novembre au 13 décembre. Tél : 01 43 13 50 50 / 01 53 45 17 17

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