Une Année sans été, texte de Catherine Anne, mise en scène de Joël Pommerat

Crédit photo : Elisabeth Carecchio

Cie Louis Brouillard Théatre National de Belgique Théâtre de l'Odéon 2013-2014 "Une année sans été" de Catherine Anne  mise en scène Joël Pommerat

Une Année sans été de Catherine Anne, mise en scène de Joël Pommerat

 

Dans la salle du Paris-Villette aux lourds et courts piliers de pierre et aux arcades dessinées – un espace d’emblée plus intime que dans une grande salle sans âme -, se déploie l’atmosphère caractéristique d’Une Année sans été de Catherine Anne, création révélatrice en 1987 de l’auteure et metteure en scène au Théâtre de la Bastille.

Plus de vingt-cinq ans plus tard, avec sa compagnie Louis Brouillard, Joël Pommerat, auteur et metteur en scène heureux de ses propres textes, monte une pièce qui pour la première fois n’est pas la sienne. Une Année sans été est un texte de jeunesse, écrit par une jeune femme, et qui a trait précisément à l’écriture, à la jeunesse, à la recherche de soi et de sa vocation, à sa place dans le monde à travers questions, doutes, incertitudes, silences et non-dits à jamais perdus.

L’inspiration littéraire et poétique vient des Cahiers de Malte Laurids Brigge et de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, qui met en scène sa propre quête existentielle et artistique. La référence à l’Histoire cible l’été 1914 qui suit un printemps encore, un hiver et un automne 1913, l’époque de l’intrigue dramatique.

Le protagoniste (Franck Laisné) autour duquel tourne l’action est appelé sur le front en août 14 ; auparavant, nous l’aurons suivi, quittant sa province, son père et les deux jeunes employées de ce dernier – l’allemande Anna (Garance Rivoal) et Mademoiselle Point (Carole Labouze), à peine plus âgées que lui. L’héritier qui ne veut pas entrer dans les affaires est amoureux d’Anna qui partira de son côté en Angleterre, avant qu’elle ne vienne le retrouver en ville tandis qu’il est installé dans une chambre de logeuse dont la fille mélancolique (Laure Lefort) s’attache à lui.

Un ami (Rodolphe Martin), lui-même écrivain velléitaire, lui fait connaître la vie nocturne et les dîners raffinés, tentant de le détourner de ses ambitions de créateur.

L’objet délicat de la pièce est tant fugace qu’indéfinissable, ce printemps éphémère de la vie des jeunes gens, un temps qui passe mais n’en est pas moins douloureux à travers la sensation d’une peine ineffable. La meurtrissure qu’inflige l’urgence d’un absolu traqué et qui échappe sans cesse entre petits arrangements et compromis.

Cette saison humaine concerne chacun de nous, et au premier chef Joël Pommerat, sensible à cette reconnaissance de soi sur les chemins d’une œuvre à accomplir.

Comment choisit-on d’écrire et comment va-t-on jusqu’au bout de cette audace ?

La scène est un vaste espace sombre avec une petite fenêtre de lumière dessinée, surélevée et comme en majesté au centre du mur noir, une petite fenêtre de survie.

L’intérieur est un enclos dans la nuit, et des jeunes filles conventionnelles aux attitudes figées, extrêmement policées, un chignon empire posé sur leur chevelure romantique, une robe longue et sombre de tenue sévère, assises de dos, tapent sur une machine à écrire d’antan. Leurs rêves n’en prennent pas moins le grand large.

La bande-son et ses petites musiques diffusent ses conciliabules dans les blancs de la parole, relayés par les échanges verbaux des jolis personnages, micro HF assuré.

La mise en scène intime aux yeux et aux oreilles du public cette voix prodigieuse de la conscience, unique et immédiatement identifiable, une voix amie et familière à vie.

Joël Pommerat a su marier la voix de sa consœur avec la sienne, en toute discrétion.

Un spectacle sur la mémoire – Histoire et intimité – qui ne peut que toucher juste.

Véronique Hotte

Théâtre Paris-Villette, du 19 au 30 novembre. Tél : 01 40 03 72 23

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