La dispute.com d’après Marivaux, adaptation et mise en scène de Serge Sandor

décor 3

 « La dispute.com », d’après Marivaux, adaptation et mise en scène Serge Sandor

Depuis plus de vingt ans, la Compagnie du Labyrinthe, menée par Serge Sandor porte son idée citoyenne du théâtre dans les banlieues, les prisons et la rue, incitant les laissés-pour-compte de la culture, comme il les nomme, à se lancer dans l’aventure scénique pour une étape temporaire dans le cours aléatoire de la vie.

Les projets de créations théâtrales dans des milieux difficiles s’égrènent avec le temps, avec un premier spectacle écrit et joué par des détenus dans une prison de Mexico, et par de jeunes oubliés au bord de la délinquance dans des bidonvilles.

L’expérience singulière s’est poursuivie dans les milieux où la culture est souvent proscrite – banlieues, hôpitaux, écoles, foyers, collèges, prisons, sans domicile fixe.

La motivation du bel enthousiasme de ce chef de troupe consiste à « réaliser une création artistique de qualité capable de défier le monde théâtral conventionnel » ; ainsi, Les Bas-Fonds au Théâtre de Chaillot (1998), Le Concile d’amour au Théâtre de la Tempête (2000), L’Opéra des Gueux au Théâtre de Vidy-Lausanne (2004), Le Chevalier de Paris à la Havane (2009) avec deux cents patients psychiatriques, et plus récemment, Les Enfants des Vermiraux dans le Morvan et Les Sept péchés capitaux dans l’Yonne. L’aventure artistique redonne confiance à ces êtres fragilisés en les éveillant à un regard plus favorable sur eux-mêmes tandis que dans le même temps, change le point de vue du public, des proches et des familles à leur égard.

Cette année, à l’occasion du 25éme anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant, Serge Sandor avec Nathalie Raphaël pour collaboratrice artistique, s’est penché sur des jeunes filles et garçons, issus de foyers, de centres éducatifs et instituts thérapeutiques de Bourgogne – Nevers, Gurgy, Auxerre – pour interpréter une version adaptée de La Dispute de Marivaux, la création de La dispute.com.

Avec l’aide d’éducateurs et de professionnels techniques, ces jeunes, éloignés de leur famille, construisent les décors et fabriquent les costumes.

La dispute.com a justement pour espace scénographique un studio de télévision dans lequel se tourne un reality show volontairement décalé dans le temps qui permet à chacun de trouver son personnage, celui de Marivaux ou d’un autre.

Qui de l’homme ou de la femme est le premier à avoir trahi l’autre en amour ?

Hermiane et le Prince sont les deux animateurs de l’émission, juchés dans les hauteurs avec un matériel électronique conséquent, dont deux micros à partir desquels ils commentent magistralement les scènes qui se passent en bas sur le plateau : tournage, enregistrement, pause, les lumières rouge ou verte alternent.

En bas et « sur terre », au milieu de projos de studio et de postes TV, s’accomplit La dispute.com dans un joli espace rouge où l’on discerne même la rivière de Marivaux, d’où les jeunes personnages peuvent admirer leur beauté comme dans un miroir.

Ce sont des coffres de bois peints en rouge – des bancs à l’occasion – qui contiennent le cours sauvage de l’eau, un jeu de lumières qui scintille sous les éclairages et que les belles demoiselles font couler et briller dans leurs mains.

Le Prince et la Dame assistent ainsi à l’éclosion de l’amour entre trois couples de jeunes gens dont les deux premiers connaissent l’épreuve douloureuse et aléatoire de l’échange tandis que le troisième reste fidèle à lui-même. Ces garçons et ces filles, sans le recours à la moindre explication qui pourrait les éclairer et les sauver, doivent se conduire aussitôt en adultes matures et raisonnables. La chose est impossible : jeunes, naïfs, désorientés, sans expérience de l’autre, ne se connaissant qu’à peine encore, ils préfèrent l’instant, le présent du temps qui doit les satisfaire immédiatement sans nulle conception d’un avenir improbable à entrevoir.

On se moque d’eux : ils se moquent de tout et d’abord d’eux-mêmes, sans le savoir.

Ils sont quinze sur le plateau, entre 11 et 19 ans, les huit personnages de la pièce de Marivaux qu’entourent encore des « stagiaires » techniciens, poètes et chanteurs.

La partie n’était pas jouée d’avance : la langue classique de Marivaux appartient au beau langage dont les acteurs ne se moquent plus ; il a fallu se l’approprier, le formuler d’une belle diction et le mémoriser…

Les jeunes apprentis initiés à cette contribution à un théâtre d’art ont gagné fermement le challenge.

Véronique Hotte

Théâtre de La Tempête, du 23 au 31 octobre. Tél : 01 43 28 36 36

Marché couvert d’Avallon, les 14 et 15 novembre

Maison de la Culture de Nevers, le 5 décembre

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s