Mon Colonel, lettre du lieutenant Bertrand au Colonel Claret (1915-1019), mise en scène de Laurent Claret

Crédit photo : Didier Goudal

 images-1

Mon Colonel, Lettres du Lieutenant Bertrand au Colonel Claret, 1915-1919, mise en scène de Laurent Claret,

En 2010, l’acteur Laurent Claret perd son père ; le fils découvre dans les papiers paternels une correspondance insoupçonnée, les lettres écrites par un lieutenant de cavalerie à son son arrière-grand-père, le grand-père de son père, le colonel Claret.

Emile Claret commandait le 9ème Dragons, un régiment de cavalerie situé aux avant-postes de l’armée française au tout début de la Première Guerre mondiale, en août 1914. Le lieutenant de cavalerie André Bertrand sert sous les ordres du colonel tandis que le régiment marche sur Namur et Liège, prend part à la Bataille de la Marne, faisant une incursion derrière les lignes allemandes…

En mars 1915, le colonel plus âgé prend sa retraite alors que le lieutenant est nommé dans l’infanterie car les cavaliers sont relégués à une Histoire désormais obsolète entre belligérants. C’est à partir de ces bouleversements récents que la correspondance s’installe. Bertrand, blessé au tympan et au bras, est soigné à l’arrière. Convalescent, il est envoyé au Maroc.

De Rabah, il évoque pour son colonel les villes mythiques de Marrakech et de Casablanca, et durant cet épisode, sur la scène, le musicien Philippe Defosse-Horridge, joueur talentueux de basson, porte le fez rouge. Rétabli, le lieutenant retourne sur le front français et apprend qu’il souffre de tuberculose. Il survivra au mal pulmonaire par-delà la guerre dans la rage de vivre.

C’est avant tout la parole du lieutenant Bertrand qui est mise en exergue, adressée à Mon Colonel et portée par l’enthousiasme et la santé de l’acteur et concepteur du spectacle Laurent Claret, l’arrière-petit-fils du fameux colonel.

Portant beau l’uniforme du Dragon – militaire qui à l’origine, se déplace à cheval mais combat à pied -, pantalon rouge et bottes noires, le comédien raconte la vie – les idées, les raisonnements, les sentiments, les coups de colère aussi – de l’adjudant Bertrand.

Touché par la maladie, il bénéficie d’une force analytique hors du commun, une lucidité soutenue en outre par une éloquence argumentative articulée, un regard inquiet porté sur l’orée des temps modernes et sur le proche avenir. Un visionnaire. La rupture entre les deux époques est cinglante, la première relève d’une guerre à l’ancienne, à cheval et à coups de sabre, et la seconde, d’une une guerre déjà « industrialisée » avec fusils, mitrailleurs, blindés et avions de chasse.

Mais le lieutenant pense en stratège et anticipe sur l’immédiat après-guerre, dénonçant le Traité de Versailles, se méfiant de la fragile Société des Nations. Les Allemands – les Boches – sont humiliés en 18 : ils se vengeront dans vingt ans. Les lettres viennent des villes du Nord ou de l’Est de la France, puis de Pau, des Eaux-Bonnes pyrénéennes, de Briançon ; Bertrand y fait état de sa petite famille – femme et fille-, de ses espoirs et de ses déceptions, d’un appétit d’être inextinguible.

Une jolie malle de bois fait office de caverne d’Ali-Baba, valise luxueuse et surannée de comédien voyageur dans laquelle le lieutenant recèle ses biens avec soin.

Une prestation tonique et énergique d’un militaire admiratif et dévoué à son chef.

Véronique Hotte

Le Local – 18 rue de L’Orillon 75011 Paris, du 17 au 20 octobre, le 11 novembre, et du 27 mars au 13 avril 2015. Théâtre de Cluny (Saône-et-Loire), le 2 novembre. Maison des Arts d’Aubergenville (Yvelines), le 9 novembre. Théâtre du Vésinet (Yvelines), le 20 novembre.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s