Tempus fugit ? par le Cirque Plume

Crédit photo : Yves Petit

 Cirque Plume 4 - ∏ Yves Petit

Tempus fugit ? Une ballade sur le chemin perdu par Le Cirque Plume, écriture, mise en scène, scénographie et direction artistique de Bernard Kudlak,

Emportée par le vent, la plume est symbole de légèreté, de souplesse et de grâce.

Bernard Kudlak, le chef historique de la compagnie du cirque Plume, précise que dans l’art funèbre égyptien, la plume est mise sur le plateau de la justice pour la pesée du cœur, métaphore de sa légèreté et de la fragilité de l’harmonie humaine.

Ainsi, venues des hauteurs du cadre de scène, les plumes du spectacle –Tempus fugit ? – tombent et chutent lentement, comme des traces de vie soulevées par une brise délicate sur un piano lui-même suspendu dans les airs en clair objet de désir.

Ce sont des plumes merveilleuses qui volètent sur le plateau comme en direction de la salle – artistes et spectateurs réunis -, à travers la loi implicite des affinités.

Des plumes d’ailes d’ange ou de fée en voyage, expression de Georges Sand. Le piano finit par toucher « terre », un sol escamoté de plaques tectoniques vivantes qui se soulèvent puis se rétractent comiquement pour un éloge de l’instabilité.

Mais les valeurs du Cirque Plume, à travers le temps, perdurent : fragilité du présent, idée du partage, humilité existentielle, responsabilité de l’artiste et du citoyen.

En exergue au spectacle anniversaire – le dixième – des trente ans du cirque Plume, Bernard Kudlak rappelle : « Nous avons été la jeunesse du silence et de l’horreur…, celui des parents et de la reconstruction qui pesait sur nos épaules. Nous avons été enfants pendant les crimes de la décolonisation,… enfants des valeurs et des espoirs du Conseil national de la Résistance, des valeurs ouvrières, socialistes, républicaines, chrétiennes progressistes, de l’éducation populaire. »

Les compères de la première heure de Bernard Kudlak sont aujourd’hui tonifiés par la venue de huit jeunes autres circassiens de Bruxelles, de Montréal et de France, soit une bande de treize olibrius sur le plateau. Sans parler des techniciens sur le vif : montée et descente de rideaux, souffle de vent sur les voiles blanches en partance, installation du mât chinois, celle du fil de la ballerine équilibriste et des instruments de musique car le jazz et le pop-rock s’en donnent à cœur joie.

Pas cabotins pour un sou, les interprètes sont tous d’un talent aussi sobre qu’éblouissant : sept francs-comtois, Nicolas Boulet, Grégoire Gensse, Alain Mallet, Benoit Schick, Brigitte Sepaser, Laurent Tellier Dell’Ova, le frère de Bernard – Pierre Kudlak -, une savoyarde Sandrine Juglair, trois Américains Mick Olsbeke, Diane Renée Rodriguez et Molly Saudek et une canadienne Marie-Eve Dicaire. On n’oublie pas Maxime Pythoud, ni le compositeur Benoit Schick.

Et le titre – Tempus fugit ? Une ballade sur le chemin perdu – fait référence non seulement à l’artisanat du poème mais au terme d’horlogerie « le chemin perdu ».

Les Kudlak, originaires de la région de Montbéliard, sont des familiers du « chemin perdu » qui qualifie l’espace entre les deux points de l’ancre, le repos et la chute, le tic et le tac. Une jolie promenade poétique à se réapproprier ou à réinvestir.

La poésie est sentiment et existe avant le langage. Il suffit pour le spectateur d’observer et de prêter l’oreille : les mots et les gestes disent beaucoup plus que ce qu’ils disent habituellement dans un poème, comme sur la scène de Tempus Fugit ?

Les filles aériennes en petites robes d’été fluides et de couleur pastel dansent sur le fil, montent sur le trapèze ou épousent le mât chinois. Les garçons jonglent en faisant le vrai clown, jouent des sonorités de gorge, font la toupie avec une roue Cyr, multiplient les cabrioles et se métamorphosent enfin en instrumentistes enjoués.

Après les applaudissements, public et artistes admirent une installation pendulaire de boules de verre, un collier scintillant, une chenille de lumière dont les touches se croisent dans un ballet d’entrelacs d’ombres et d’éclats de pierres précieuses.

Paysage poétique et émotion esthétique, le spectacle est éloquence – mouvements collectifs et solos, fresque de couleurs, sons, silences et révélations de cadences.

Poème, danse, jonglage, acrobatie, équilibrisme, trapèze, musique et humour. Que peut-on demander de plus ?

Véronique Hotte

Espace Chapiteaux à La Villette, du 24 septembre au 28 décembre. Tél : 01 40 03 75 75

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