La Passion des soldats de la Grande Guerre, d’après les écrits et témoignages croisés de Ernst Jünger et Maurice Genevoix, mise en scène de Xavier Gras

Crédit photo : Christian André Strand

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La Passion des soldats de la Grande Guerre

 

Que ce soit « passion » en français ou bien « leidenschaft » en allemand, reste dans les mots de ces deux langues, comme dans beaucoup d’autres, l’idée de passivité. Nous subissons la passion, réduits à supporter – l’événement funeste – en passant par la souffrance, la maladie, le trouble, l’accident ou la perturbation dans la nature.

Ainsi, les soldats de 14 n’assument pas de passion libre ni consentie, ils la souffrent patiemment dans sa violence, sa cruauté, son absurdité et son non-sens absolus.

Dans le cadre commémoratif du début de la Première Guerre mondiale, la mise en scène de XavIer Gras de La Passion des soldats de la Grande Guerre évoque avec un tact rigoureux l’histoire de deux soldats, Ernst Jünger – dix-neuf ans – et Maurice Genevoix – vingt-cinq ans -, depuis leur départ à la guerre jusqu’à leurs graves blessures en 1915 aux Éparges. Deux « ennemis » sur un même champ de bataille.

D’un côté, le sous-lieutenant français Genevoix, auteur de Ceux de 14 – cinq volumes écrits entre 1916 et 1923 -, un témoignage sur la vie quotidienne guerrière, et de l’autre, le soldat allemand Jünger, auteur d’Orages d’acier (1920), un récit autobiographique sur l’expérience du Front, sont deux figures littéraires.

Le spectacle repose sur deux récits sur l’engagement, le courage et la violence.

Les témoignages de Genevoix et de Jünger, se tissent et s’entrecroisent, portés par des comédiens allemands et français, s’exprimant avec virtuosité dans l’une et l’autre langue tandis qu’une traduction de la langue parlée apparaît simultanément à l’écran.

Sur la scène donc, s’imposent ainsi le chœur des Allemands – les comédiens Vanessa Mecke, Thomas Kellner et Fabian Arning – et celui des Français – Mathilde Moulinat, Vincent Vernerie et Thierry Simon -, mais pas seulement car les acteurs forment un chœur plus large en se retrouvant prisonniers d’un même destin.

Peut-être les combattants sont-ils de part et d’autre d’une ligne fictive de combat, mais la dureté du champ de bataille est la même, au-delà des chants d’oiseaux que l’on surprend au détour d’une phrase.

Vêtus de manteaux, de godillots et encombrés de leur barda, les soldats se ressemblent, dans l’attente d’un regain d’espoir, abattus par le découragement et dans l’impossibilité de se consoler dans l’immédiateté du feu.

Les hommes de plume portent sur eux un crayon et un petit carnet sur lequel ils notent les petits événements du jour, un journal précieux qui consigne les enthousiasmes qui alternent avec les grands malheurs, les fatigues, les scènes de repos, de conversations amicales, de repas, de lever matinal et de nuits sans dormir.

Après les chœurs de comédiens, se succèdent des scènes de duos et de solos qui mettent en relief la vie intérieure de chacun, les pensées et les sentiments.

Puis, la bataille reprend, et à travers un jeu subtil d’éclairage, les soldats vaillants meurent dans la lumière.

L’écriture de Genevoix semble à l’écoute d’une sensibilité plus républicaine et égalitaire à l’égard de ses camarades, simples trouffions de base, tandis que celle de Jünger apparaît comme plutôt élitaire, dévolue à l’image majestueuse de la supériorité du chef, une image à la Prince de Hombourg de Kleist.

Ces détails de culture et d’écriture font la saveur du spectacle qui rend hommage aux disparus de la Guerre de 14, comme aux guerres d’hier et d’aujourd’hui.

Hérodote, historien grec mort en 420 avant notre ère, condamne les conflits armés et non armés, les terrorismes en tout genre, les bagarres, les émeutes, les luttes agressives et les invasions :

« Personne n’est assez insensé pour préférer la guerre à la paix. En temps de paix les fils ensevelissent leurs pères. En temps de guerre les pères ensevelissent leurs fils. »

Un constat, une leçon d’Histoire, dont les conséquences sont à réfléchir sans cesse.

Véronique Hotte

Le Théâtre de l’Opprimé, du 15 octobre au 26 octobre.

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