Liliom de Ferenc Molnar, mise en scène de Jean Bellorini

Liliom ou La Vie et La Mort d’un vaurien de Ferenc Molnar, traduction de Kristina Rady, Alexis Moati, Stratis Vouyoucas (Éditions Théâtrales), mise en scène de Jean Bellorini

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Liliom est un conte naïf qui fait référence au Budapest des années 1910, à la périphérie de la ville, non loin du bois dans les parages de la fête foraine où viennent se divertir le petit personnel de maison et les employés modestes de l’époque. On y distingue un manège, avec ses animaux ou ses voitures anciennes, une baraque de tir, des stands de jeux et de jouets à gagner sur lesquels les personnages sont représentés de façon comique.

Ferenc Molnar, l’auteur austro-hongrois de la pièce fait allusion au « chasseur », au « tambour au gros ventre », au « cavalier », des figures peintes par des « barbouilleurs misérables » qui peignent le monde conformément à leur façon de voir la vie. Le dramaturge a voulu écrire sa pièce avec cette même imagination primitive, ce même mode rudimentaire de pensée. Une façon de rendre hommage aux prétendument petits de ce monde.

La représentation scénique – une entreprise à risque qui peut ennuyer -, selon les mots mêmes de Molnar, consiste à arracher un pan de mur de la salle pour montrer au spectateur quelque chose dans la trouée, qui soit attrayant et finalement plutôt désirable. En vue d’atteindre ce but théâtral, l’auteur évoque vaguement encore des méthodes basses et élevées, superficielles et profondes, vulgaires et nobles.

Le mythe de Liliom fait rêver non seulement les jeunes filles mais tous les publics. Un joli bandit, baratineur et brut, séduisant et violent, s’en prend aimablement aux jeunes filles qu’il attire à lui pour quelques tours de manège, dans lequel il est employé et jouit du privilège d’être l’amant de la patronne, Madame Muscat.

Un jour, il rencontre une employée de maison, Julie – c’est un peu plus sérieux – et la patronne ne le lui pardonne pas. Liliom quitte cette dernière ; or, les temps sont déjà à la crise économique et au chômage, le garçon bat Julie, joue et subit l’influence de Dandy, une petite frappe qu’il fréquente et avec lequel il prépare un mauvais coup.

Julie attend en effet un enfant, et Liliom rêve de l’Amérique, tendu par l’espoir d’une vie nouvelle avec sa petite famille. Mais le braqueur n’est pas un professionnel ; rattrapé par les autorités, il préfère se suicider. Le voilà au ciel où un ange policier lui propose pour sa paix éternelle de voir, un seul jour, sa fille âgée de seize ans. Mais sur terre, le revenant n’est pas cru et finit pas donner une gifle à sa fille.

Voilà de quoi faire du cinéma, Fritz Lang, fuyant le nazisme allemand en 1933, gagne la France où il réalise Liliom (1934) avec Charles Boyer dans le rôle-titre. Quatre-vingts ans plus tard, le metteur en scène Jean Bellorini, s’attaque avec bonheur à ce chaos joyeux de fête foraine. On goûterait presque à la Barbe à Papa et aux pommes rouges caramélisées.

Le spectacle, un mélange de réalisme et d’onirisme, installe sur le plateau une vraie piste d’auto-tamponneuses avec leurs antennes qui crissent et frottent le grillage électrique surélevé, en produisant des éclairs de feu incandescents et réjouissants. Au loin mais tout près du spectateur, une immense roue de la fortune que l’on pourrait toucher du doigt, réplique festive de la grande roue de la place de la Concorde à ses heures hivernales, tourne sur elle-même avec ses couleurs fluo.

Liliom, un dur au cœur tendre, ou plutôt un tendre au cœur dur, est à son affaire ; les petites demoiselles aussi, queue de cheval dansante et jolie jupe courte. Le ciel électrique des auto-tampons sert de rails ferroviaires d’où l’anti-héros allongé entend le train qui déposera à ses pieds le caissier Litzman, la victime à cambrioler.

Les acteurs au jeu expressionniste sont plus vrais que nature, des jeunes gens remuants, pleins de vie et de désir, sensibles et naïfs, jusqu’à donner leur cœur qui bat au public subjugué qui les suit pas à pas. Julien Bouanich a l’air rêveur et perdu de Liliom. Amandine Calsat est la gentille amie arriviste de Julie, elle-même jouée par la gravité juvénile de Clara Meyer. Marc Plas incarne Dandy, mauvais garçon à souhait, glissant dangereusement sur la piste des autos.

Julien Cigana et Teddy Melis sont les détectives du Ciel, des figures comiques de BD à la Dupont et Dupond. Delphine Cottu est une Madame Muscat vindicative qui ne veut pas qu’on lui dérobe son amour pour un mauvais garçon. Quant à Jacques Hadjaje, il joue avec malice, entre autres, une Madame Hollunder – la logeuse des jeunes gens dans sa caravane – inventive, grotesque et burlesque.

N’oublions pas les musiciens comédiens, Lidwine de Royer Dupré à la harpe, Hugo Sablic à la batterie, Sébastien Trouvé au piano et Damien Vigouroux à la trompette.

Le public a du mal à quitter cet air de jolie fête mélancolique dont on ne se lasse pas.

Véronique Hotte

TGP – Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, du 25 septembre au 12 octobre. Tél : 01 48 13 70 00

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