Tartuffe de Molière, mise en scène de Galin Stoev

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Tartuffe, comédie en cinq actes de Molière, mise en scène de Galin Stoev

 

Selon l’histoire littéraire, Le Tartuffe (1664) est une réponse cinglante de Molière aux critiques féroces des membres de la Compagnie du Saint-Sacrement qui firent grande querelle à sa pièce précédente de L’École des femmes (1662).

Depuis six ans déjà, l’auteur et metteur en scène forme avec ses acteurs la Troupe du Roy, une reconnaissance artistique prestigieuse, jalousée et enviée.

Cinq ans durant, la cabale se déchaîne sur Le Tartuffe, une brillante comédie satirique sur le fanatisme religieux et l’hypocrisie des faux dévots.

De tous temps, du XVII é siècle classique au XXI é siècle post-moderne, les tragédies des impostures religieuses et des fausses dévotions vont bon train, resurgissant sans cesse, qu’il s’agisse, pour mémoire, du massacre des Protestants à la Saint Barthélémy en1572 à Paris, ou bien des menaces actuelles de nos temps confus jusqu’aux mises à exécution des Djihadistes de Daesh de l’État islamique.

Un terrorisme en pleine expansion, sous couvert de religion, sévit sur le Sahel et l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et la péninsule arabique.

La misère économique et sociale aidant, le monde recèle d’étranges croyants.

Galin Stoev n’a évidemment pas choisi de monter à travers son spectacle cet aspect sombre des réalités contemporaines quotidiennes.

Tartuffe reste une comédie dont le metteur en scène souligne avec bonne humeur et malice le jeu entre vérité et mensonge. Trois atmosphères sont mises en relief de manière ludique, « l’aspiration au sacré, celle du désir et celle de la conspiration ».

Le panache de la scénographie retient l’attention, une décoration intérieure entre la Cour de Versailles et l’appartement bobo, avec ses tableaux de maître remisés, ses miroirs immenses et dorés, ses ouvertures obliques et ses mises en perspective.

Les costumes savants et élégants de Bjanka Adzic Ursulov déploient une prouesse audacieuse et à risques, à travers les bruissements des déplacements pour des personnages encombrés de leurs vêtements.

Des formes frémissantes et soyeuses, d’amples atours, des queues de pie démesurées, des traînes princières, des robes de cour à panier, des mouvements enveloppants et dansants pour des corps en fête, à la fois emprisonnés et libérés.

Contre l’humeur de Madame Pernelle (Claude Mathieu), le champagne et le bon vin coulent à flots, avec bouteilles et verres à pied en pagaïe qui jonchent négligemment le sol et les rebords d’ouverture, avant la table d’apparat finalement installée.

Même la lumière venue des cintres participe en jouant de l’attraction de Dieu.

L’espace étudié de Alban Ho Van bénéficie d’une vision moderne « open space », enrichie de recoins, de jeux de glace, de reflets et de caches d’enfant jusqu’aux échos mêmes de chants grégoriens chuchotés et d’anciennes prières latines, une musique de Sacha Carlson composée à partir des voix et des instruments d’époque, « mais à rebours de la langue musicale du XVII é siècle ».

Des masques, des effigies agrandies de visages de Tartuffe, un peu selon l’air caricatural et grotesque du Révizor de Gogol, surgissent au dénouement pour démasquer les faux-semblants. Tout est ainsi un peu inversé, les jeunes gens de la famille sont bien turbulents. Valère (Nazim Boudjenah), Mariane (Anna Cervinka) et Damis (Christophe Montenez) s’amusent sur la scène de leur partition comique, moues enfantines, trépignements, roulements déchaînés du corps sur le plateau pour faire face à la rigueur rude des obsessions et des obstinations paternelles.

À leurs côtés, se tiennent la souplesse de leur belle et vive belle-mère, Elmire (Elsa Lepoivre) et la sagesse de leur oncle Cléante, qu’interprète avec l’art appliqué d’un courtisan qui serait descendu d’un tableau d’époque, Serge Bagdassarian.

Dorine (Cécile Brune) est une actrice facétieuse à l’esprit acidulé, gracieuse protectrice de la maisonnée – enfants, belle-mère et maître compris qu’elle défend de son aveuglement –, commentatrice inlassable et au franc-parler de la situation. Michel Vuillermoz est Tartuffe, froid, têtu, sûr, et pourtant dégagé de toute amertume.

Quant à Orgon, le « tartuffié » est dessiné avec le brio et la folie composée de Didier Sandre, manteau blanc, sac luxueux de voyage et coups de colère magistraux, une figure paternelle burlesque réinventée.

On ne s’ennuie jamais lors de cette représentation amusée.

Véronique Hotte

La Comédie Française, du 20 septembre au 17 février 2015.

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