Le Capital et son singe, à partir du Capital de Karl Marx, mise en scène de Sylvain Creuzevault

Crédit Photo : Marine Fromanger

                              Le Capital et son singe

Le Capital et son singe, à partir du texte Le Capital de Karl Marx, mise en scène de Sylvain Creuzevault dans le cadre du Festival d’Automne

 

Après la Révolution française, objet d’étude du fameux spectacle Notre Terreur, le collectif de comédiens du metteur en scène Sylvain Creuzevault se penche à présent sur la révolution économique avec Le Capital et son singe, adapté de l’essai du philosophe allemand Karl Marx, Le Capital. Une même scénographie enjouée, profondément vivante et festive détermine l’action grâce à la présence sur le plateau, en bi-frontalité avec le public, d’une grande table rectangulaire, à la fois nue et imposante, à laquelle s’assoie une brassée d’hommes et de femmes en colère.

Ensemble, en solo, en duo ou bien en trio, assis, debout, puis arpentant vivement la ruelle alentour, les convives posent parfois à l’un ou l’autre des deux bouts de la tablée, à la façon académique des portraits majestueux en pied. Avec une belle arrogance tendue, ils échangent verbalement leurs points de vue sur la réalité politique, économique et sociale. À partir d’un jeu subversif de questions et réponses endiablées, ils construisent un discours habile dans un art rôdé de la répartie, se lançant dans des diatribes violentes qui égrènent des propos polémiques acérés.

Nommons les interprètes : Vincent Arot, Benoit Carré, Antoine Cegarra, Pierre Devérines, Lionel Dray, Arthur Igual, Clémence Jeanguillaume, Léon-Antonin Lutinier, Frédéric Noaille, Amandine Pudlo, Sylvain Sounier, Julien Villa, Noémie Zurletti. Ils incarnent Vincent-François Raspail, Auguste Blanqui, Louis Blanc, Armand Barbès et bien d’autres qui font la notoriété des stations de métro parisiennes. Ils représentent aussi à l’occasion, Sigmund Freud, Michel Foucault, Bertolt Brecht, Alphonse de Lamartine…

Rivés gravement à la tenue sobre de leur rôle, ferrés dans leur engagement politique, jamais cabotins, ils sont tous pressés d’en découdre pour la gloire et la victoire d’une vérité proclamée en vue du bien de tous : ils argumentent, persuadent, convainquent l’interlocuteur ou bien la petite assemblée, selon une dialectique savamment articulée que chacun déploie avec prestance et panache.

La tablée révolutionnaire est installée à Paris le 13 mai 1848 dans Le Club des Amis du Peuple, ouvert par Vincent-François Raspail après la Révolution de février.

Les convives reviennent de la première manifestation organisée depuis la réunion du 4 mai de la nouvelle Assemblée constituante française. Sylvain Creuzevault précise :

« Depuis février et le renversement de la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe, le peuple de Paris veille à ne pas se voir confisquer le mouvement révolutionnaire au cours duquel la question sociale du travail a surgi dans la sphère politique. La guerre civile éclate en juin dans les rues de Paris.

L’action dramatique se déploie à partir des soubresauts de l’Histoire, entre retours de manifs, raisonnements philosophiques et économiques sur la valeur du travail, projet de mariage des uns et procès en justice des têtes pensantes subversives jetées en prison. On est à Paris, mais on est – successivement et alternativement – à Berlin car le spectateur bascule d’un point de l’Europe à l’autre, du XIX é siècle au début du XX é, pour le même scénario de revendications suivies de répressions brutales.

Sont évoqués aussi Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht avec la révolte spartakiste de Berlin en janvier 1919, lors de la grève générale et des combats de janvier 1919.

La répression de ce déclenchement révolutionnaire allemand a été sanguinaire.

Le public a le plaisir d’assister au rythme enlevé d’un concert verbal de jeunes gens d’aujourd’hui et d’hier, à la pensée radicale orchestrée, n’acceptant ni compromis, ni demi-mesures, ni petits arrangements.

Pour ces hommes et femmes désireux de changer le monde, savoir parler, c’est donner à comprendre et à méditer les enjeux de l’existence, c’est se sentir vivre.

Le spectacle à teneur politique déplie sans faillir un rare génie de l’argumentation.

Véronique Hotte

Théâtre de La Colline – Festival d’Automne – du 5 septembre au 12 octobre, du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h. Tél : 01 44 62 52 52

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