Bernard Sobel – Sauvée par une coquette et Le Rêve du papillon de Guan Hanqing et Old-Fashioned Prostitutes et Idiot Savant de Richard Foreman

Crédit photo : iFou pour le pôle media

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Bernard Sobel – Carte blanche –  Guan Hanqing (traduction Evelyne Pieiller à Théâtre Public et Éditions Théâtrales) & Richard Foreman (texte français Bernard Sobel et Michèle Raoul-Davis)

 

Pour la Carte Blanche lancée au Théâtre des Déchargeurs, le metteur en scène Bernard Sobel fait le choix d’associer deux auteurs apparemment antithétiques, d’un point de vue spatio-temporel, avec d’un côté l’auteur du XIII é siècle chinois Guan Hanqing et de l’autre, l’auteur américain contemporain Richard Foreman.

En fait, le rapprochement improbable des deux œuvres – la succession de Sauvée par une coquette et Le Rêve du papillon de Guan Hanqing d’une part, et de Old-Fashioned Prostitutes, A True Romance et Idiot Savant de Richard Foreman d’autre part, n’est pas si fortuit qu’il y paraît.

Les textes chinois ne sont pas tant éloignés des fables didactiques brechtiennes et relèveraient d’un théâtre politique replacé dans un contexte social et historique autre.

Quant aux pièces de Foreman, elles s’inscrivent dans la réalité insaisissable d’une jeunesse contemporaine égarée entre crise économique et recherche vaine de sens.

Les deux textes de Guan Hanqing ont notre préférence.

Sauvée par une coquette met en scène une fille-fleur du quartier des courtisanes de Bianlang, désireuse de se marier pour échapper à une condition infâmante. L’imprudente épouse un fils arrogant de sous-préfet alors qu’elle était promise à un jeune lettré désargenté. Mais la jeune mariée qui bien vite ploie sous le mépris et les coups de son époux, trouve son salut grâce à sa sœur plus sage et astucieuse.

Au-delà des siècles et des milliers de kilomètres parcourus, perdure le désir des hommes dont l’argent passe dans le vin, les femmes et les maisons de passe.

Mais l’aînée préfère dormir seule ; elle sait que pour se marier, il faut être deux :

« Est-il possible ? Nous nous gâchons pour des mufles et des pourceaux. »

Pour la féministe avant l’heure, les filles-fleurs sont légères et frivoles quand, pauvres, elles préfèrent le statut d’épouse à celui de courtisane. De telles innocentes sont destinées à être trompées par des goujats qui, abordant leur plus beau plumage, font peut-être de bons amants mais pas de bons maris.

L’aînée se déguise en coquette : par ses propres charmes, elle fera perdre à l’époux non seulement son épouse mais elle-même qui le séduisait pour mieux le tromper.

Justice sera rendue à la cour impériale par le Préfet au bénéfice des deux femmes.

Non seulement les propos font sourire tant ils disent à la fois, à travers simplicité et art de la métaphore, ce qu’il en est en vérité des relations atemporelles entre les hommes et les femmes, mais l’œil du spectateur est happé par le décor de Jean-François Besnard et les costumes, coiffures et maquillages de Mina Ly, une esthétique soignée et stylisée, à la fois légère et géométrique, jouant sur le blanc et le noir comme sur le yin et le yang. Avec aussi pour ce tableau naïf, une touche ludique beckettienne pour le garçon de courses, son parapluie noir ouvert et son nez rouge de clown, ou pour son alter ego, le fieffé et coquin garçon d’auberge.

Une pièce jouée avec de jeunes comédiens enjoués et pleins de fraîcheur, Jérôme Cochet, Daniel Léocadie, Clémence Longy, Frédéric Losseroy, Manon Payelleville, Zelda Perez, Noémie Rimbert, Théophile Sclavis et Sylvain Martin.    

Quant au Rêve du papillon, sa fable suit l’éblouissement envoûtant d’une pensée dialectique, passant aussi par un rêve prémonitoire digne de psychanalyse anticipée.

Issus d’une famille pauvre encore, trois jeunes fils étudiants et lettrés, destinés à devenir de grands fonctionnaires, sont jugés pour avoir vengé la mort de leur père dont le meurtre a été perpétré par un seigneur apparenté à la maison impériale.

La mère avoue : « Mieux vaut de bons garçons que positions et possessions ».

Elle et ses fils sont traînés au tribunal du comté pour y être jugés par le grand juge Bao. Celui-ci, pris par le souci des affaires de l’État, a voulu dormir un instant.

Le haut fonctionnaire voit en rêve un papillon, puis un autre se prendre dans une toile d’araignée qu’un plus grand papillon sauve de l’emprisonnement.

Or, la vue d’un petit papillon en suspens retient l’attention du dormeur quand il voit que celui-là n’est pas sauvé par un plus grand.

Le sage même porte secours à la victime quand il se réveille de ce drôle de songe.

Le Rêve du papillon annonce les figures anticipées de la mère et de ses trois jeunes fils, tous jugés face au fonctionnaire impérial, et amorcent un mouvement méditatif actif qui n’en finit pas de s’élever vers la lumière de la liberté, passant les obstacles.

Une jolie et ludique leçon vivante d’écriture et de sagesse universelle.

Quant à Idiot Savant de Foreman, la pièce a été présentée à New-York en 2009 avec Willem Dafoe dans le rôle-titre.

Old-Fashioned Prostitutes, A True Romance est la dernière pièce de l’auteur.

La première pièce entraîne le spectateur chez un jeune homme d’aujourd’hui un peu désoeuvré dont les repères sont perdus, entouré d’un garçon et de deux filles facétieuses. La fête est finie, la soirée s’étire, les bouteilles bues et la fatigue avouée.

Face à ses convives épuisés et désenchantés, celui qui reçoit s’interroge encore et en vain sur le sens de sa vie qui touche le vide, le rien, le néant.

La seconde pièce dénonce avec moqueries appuyées et gags farcesques celui qui se croit savant et n’est qu’idiot, à moins que les deux rôles ne se conjuguent.

A priori, les quatre spectacles s’enchaînent dans l’éloge d’une jeunesse houleuse, entre filles-fleurs et femmes-sirènes mais l’enchantement initial chinois s’est envolé.

 

Véronique Hotte

 

Les Déchargeurs, du 2 au 27 septembre, à partir de 18h30 du mardi au samedi.

Tél : 01 42 36 00 50

 

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