Breizh Kabar, – Kevrenn Alré (Bagad et Cercle d’Auray) et Saodaj’ (Réunion) ; invité : Firmin Viry

« Breizh Kabar » Kevrenn Alré (Bagad et Cercle d’Auray), Saodaj’ (Mayola Nomade, Île de la Réunion) et Firmin Viry et sa famille, grande figure de la culture maloya – Festival Interceltique de Lorient.

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L’histoire du peuplement de La Réunion (350 ans en 2013) relie dès le début les deux territoires de la Bretagne et de La Réunion puisque de nombreux Bretons sont venus par la mer s’installer dans l’île réunionnaise, quand d’autres préféraient poursuivre leur passage sur la Route des Indes.

La famille Viry, famille rurale et réunionnaise, dont le père Firmin est le chef tonique, est un groupe musical qui concerne tous ses membres jusqu’au bout des ongles.

Les Viry se sont attachés à collecter et à retranscrire les richesses de la culture de leur île. C’est grâce à cette famille qu’a pu resurgir la musique traditionnelle créole – la maloya. De leur côté, les pouvoirs publics voyaient d’un mauvais œil cette forme artistique et sociologique issue de l’esclavage, mouvement de révolte et symbole profane d’un rite sacré et confidentiel, le kabaré, soit le culte des ancêtres.

Le kabaré est essentiel à la communion avec les esprits et les anciens.

Le spectacle Breizh Kabar provient du métissage de ces deux traditions culturelles.

D’un côté, la maloya réunionnaise et de l’autre, le fest-noz breton, deux réalités culturelles – danse et musique – portées au niveau du patrimoine immatériel de l’UNESCO. Le fest-noz comme la maloya traduisent un moment convivial de chants et de danses à travers les travaux et les saisons qui passent. Ce soir-là, les frères Morvan se lancent dans un kan-ha-diskan des plus virulents. Un jeune chanteur d’Auray fait preuve  d’un talent prometteur.

Le métissage de ces contrées s’accomplit à travers les musiques qui résonnent et les corps qui dansent, l’expression privilégiée d’un chemin artistique commun.

Aujourd’hui, le jeune groupe réunionnais Saodaj’ s’associe à la famille Viry pour ce projet de rencontre commune avec le Bagad et Cercle d’Auray, la Kevrenn Alré.

Saodaj’ signifie « l’épine amère et douce » qui s’implante sans douleur dans le corps et l’âme de celui qui écoute.

Le groupe Saodaj’ (Marie Lanfroy, Jonathan Itema, Fodé Cipriano, Laurence Courounadin Mouny) chante dans la tradition du verbe et de la musique créole réunionnaise, une inspiration puisée dans le Maloya et dans les « Musiques des Mondes » à partir des sonorités de l’harmonium, des tambours et des vibrations primitives du Yidaki (Didgeridoo).

Le beau voyage onirique s’accomplit à travers une transe acoustique et contemporaine que déploient les percussions réunionnaises et les baticongas.

Saodaj’ se fond alternativement dans l’univers maloya et s’en échappe.

De son côté, la Kevrenn Alré – un ensemble musical traditionnel, contemporain et ouvert au monde – sait depuis longtemps faire voyager les imaginaires divers.

La culture bretonne épouse naturellement les expressions artistiques les plus éloignées en apparence et qui se révèlent être souvent les plus proches : le jazz, le classique, le rock et autres traditions populaires. Les influences de ses chefs de file sont nombreuses, Fabrice Lothodé, Julien Le Blé, Gweltaz Rialland, Loïc Le Cotillec.

Le spectacle est musicalement somptueux avec son penn-soner et son bagad d’interprètes de cornemuses, de bombardes, de caisses claires et de clarinettes.

La formation musicale traditionnelle a su à la fois s’assumer en tant que telle et se couler dans la modernité spatiale de son temps, jouant de rythmes nouveaux, s’amusant de brisures et de cassures, qui épousent les heurts et les soubresauts d’une oreille extrêmement contemporaine.

Un bémol aux louanges, le côté muséal du cercle de danse qui ne trouve pas sur le plateau sa juste place de spectacle traditionnel, renouvelé et vivant.

La chorégraphie offre ainsi au public une reproduction mimétique des gestes de travail et des figures de danse de fest-noz, un choix approximatif qui reste descriptif et illustratif. Les danses révèlent leur amateurisme, elles n’accèdent pas à l’invention attendue malgré la qualité des interprètes. D’où le regret d’un écart entre une musique reine et une danse subalterne qui n’impose pas sa nécessité sur la scène.

 

Véronique Hotte

 

Grand Théâtre, Festival Interceltique de Lorient, le 9 août.

 

 

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