Barzaz au Festival Interceltique de Lorient

Barzaz au Festival Interceltique de Lorient

Barzaz

Un des événements musicaux majeurs de l’année en Bretagne, c’est la reformation du groupe breton Barzaz avec Yann-Fanch Kemener au chant, Jean-Michel Veillon aux flûtes, Gilles Le Bigot aux guitares, Alain Genty à la basse et David « Hopi » Hopkins aux percussions.

C’est le retour de Barzaz puisque, fondé en 1989 avec un premier album – Ec’honder, suivi d’un second en 1992 – An den Kozh dall, le groupe musical disparaît de la scène en 1995 pour presque vingt années de silence.

Il renaît de ses cendres en 2012 pour le bonheur de ses auditeurs dès lors consolés.

Le guitariste Gilles Le Bigot définit leur formation comme « un vieux groupe de jeunes » ou plutôt « un jeune groupe de vieux », des interprètes qui n’auraient guère changé, excepté leur visage un peu buriné avec le passage irréversible du temps.

Barzaz, l’œuvre poétique en breton, évoque le répertoire, fondé sur des chants de la tradition orale de Basse-Bretagne, sur des poèmes et des textes plus récents.

Les compositions, textes contemporains ou gwerzioù, évoquent l’histoire bretonne :

« Notre Histoire est secrète et controversée : ceux qu’elle dérange en haut lieu l’interprètent comme bon leur semble afin de mieux disposer de notre Temps. »

Barzaz crée alors sa féerie sur la scène, avec la voix singulière – beauté et tradition de la musique bretonne – de Yann-Fanch Kemener qu’entourent ses vieux amis musiciens, leurs trames instrumentales, un mélange de sons traditionnels et de musiques étranges.

Les auditeurs spectateurs goûtent des airs familiers et renouvelés – des objets scandés dus à la passion poétique du collectage de Yan-Fanch Kemener.

Les airs se succèdent avec un bel engouement sur la scène enthousiaste : traditionnels, gavotte du Pays Pourleth, danse fisel, danse plinn, danse an dro… , issus des deux albums Ec’honder et An den Kozh dall et quelques inédits.

Kemener chante en breton plutôt dans les aigues et traduit en français plutôt dans les graves.

Qu’il s’agisse de la hausse du prix du tabac ou bien de la place de chacun à l’église selon son importance économique et sociale, l’existence du paysan breton est dure.

Le Vieillard aveugle imagine l’onirisme amer d’un cheval blanc, symbolique de l’énergie bretonne, portant un vieillard et son fils, en quête d’une terre pour s’y fixer.

Or, se lève le spectre menaçant de la construction chaotique et forcenée des routes ( et des aéroports aujourd’hui).

L’angoisse naît de l’effacement de lieux paisibles et les malédictions pleuvent :

« Eloignons-nous de tous ces chemins maudits et de ceux qui les ont faits.»

La chute finale est un morceau de sagesse à méditer pour nos temps actuels :

« Ils ne voulaient pas me croire. Ils le font, maintenant que la chose est arrivée. »

Paradoxalement, plus les histoires sont sordides et tragiques, et plus la poésie et les mélodies sont belles : l’antithèse n’échappe pas au commentaire du chanteur.

La Gwerz Maivonig fait état d’un infanticide caché, et la jeune femme coupable rétorque aux accusations de deux jeunes écoliers : « Je n’ai rien fait du tout J’ai seulement déchiré mon ruban de velours Et ma croix d’argent j’ai perdu. »

Quant au Pardon de Lok-Malo (Parrez Lok-Malo), si émouvante soit la chanson, elle rappelle au souvenir douloureux du public le viol d’une jeune fille lors du Pardon de la paroisse de Lok-Malo dans le Pays Pourleth.

Le maire, le prêtre et le bedeau, tous notables, ont abusé d’une innocente en lui proposant café et petits gâteaux, des denrées rares en ces temps de misère.

La Neige sur l’Archipel est un poème inscrit dans un paysage marin singulier :

« Sont-ils descendus pendant la nuit Les cygnes blancs de la minuit, Dorment-ils sur la mer, engourdis, Leur tête pliée sous les plumes ? Non, pas les cygnes, c’est la neige qui est descendue, ailée, sur l’archipel. Dans les abers, seuls, les rochers, Rêvent doucement sous leurs plumes. »

L’onirisme se déploie dans des paysages naturels immaculés, terre et mer vierges.

Plus légère, malgré l’évocation des campagnes de guerres et des contrées inconnues, est la danse Plinn des Aventures du citoyen Jean Conan.

Soldat de l’An II et soldat bleu en Bretagne, il est pêcheur à Terre-Neuve.

Naufragé sur une banquise, il est recueilli par une peuplade étrange, des Indiens sans doute.

Une chanson forte d’amour infini clôt la prestation de grande qualité de Barzaz.

Le concert est un moment de poésie envoûtante, à la fois festive et mélancolique.

 

Véronique Hotte

 

Le 4 août, Grand Théâtre, Festival Interceltique de Lorient

 

 

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