Bernard Lavilliers au Festival Interceltique de Lorient

 

Bernard Lavilliers au Festival Interceltique de Lorient (FIL) 2014

 Lavilliers

On ne présente plus Bernard Lavilliers, c’est un rebelle au grand cœur qui s’en va, bon an mal an, de par le vaste monde, à travers les pays les plus pauvres, là où les discriminations ethniques et sociales font le plus de mal et d’injustices.

Le baroudeur têtu et obstiné est en quête de la vérité des lieux et des peuples en question : le Brésil, New-York, la Jamaïque, le Sénégal, le Congo…

Lavilliers en est aujourd’hui à son vingtième album Baron Samedi (2013), que le globe-trotter a concocté à partir d’un reportage tourné en Haïti en 2010 et qui relate la situation des artistes dans l’immédiat après-tremblement de terre.

Il leur aura fallu trois mois de silence avant qu’ils ne reprennent leur bâton de pèlerin, l’équivalent d’un temps muet qui règne sur Port-au-Prince à travers le Baron Samedi.

Ce personnage mythique et mortifère relève du panthéon vaudou, il est particulièrement présent dans les légendes et les représentations haïtiennes, haut-de-forme et regard fumé.

Cette silhouette inédite est d’ailleurs assumée par les musiciens de Lavilliers, qui en haut-de-forme et en queue-de-pie, chapeau rouge et chaussures de diablotin de même couleur pour le maître de cérémonie, jusqu’au large fil rouge du col de veste. Le Baron Samedi est « celui qui empêche de reposer en paix, un maître du cimetière, un dragon qui a ravagé le pays et engendré 300.000 morts, un squelette de phosphore noir et blanc, dévastateur d’Haïti sur la faille, un Baron Samedi dont la chanson décrit sur la scène en fureur les cavalcades des tambours ravageurs.

Après la catastrophe, dans la misère et la solitude, l’art ne peut grand-chose, si ce n’est qu’il est encore la liberté et la vie, une existence de lutte, d’opposition et de résistance, une posture qui sied de tout temps à Lavilliers.

Il faut Vivre encore en dépit de tout – une chanson mélancolique de sagesse :

« Ce qu’il faut de sang pour donner la vie, ce qu’il faut de temps pour toucher l’oubli… »

Le concert commence avec Scorpion de l’immense poète et opposant turc Nazim Hikmet qui fit l’épreuve de quinze ans d’emprisonnement, rejeté par son pays, exilé :

« Tu es la plus drôle des créatures, mon frère, tu n’es pas sain, mon frère… et s’il y a tant de misère sur terre, mon frère, c’est grâce à toi, mon frère… »

À cela s’ajoute la réinterprétation de l’une des plus grandes chansons du patrimoine réunionnais, Rest’ la Maloya, pour cette figure emblématique d’une musique rock, pop et world, entre accents colorés de chaleur et percussions toniques et claquantes, au milieu des reprises des fameuses épopées collectives, La Salsa, San Salvador, Noir et blanc, Stand the Ghetto, Y a pas qu’à New-York … comme de la chanson d’amour chantée jadis avec Nicoletta, Idées Noires.

Notons aussi l’originalité de la pipe celtique de Kevin Camus avec laquelle Lavilliers interprète avec une sagesse suave et tranquille la force d’On the road again.

Sept musiciens excellents et facétieux accompagnent le chanteur, guitares, basse, batterie, claviers, percussions, cuivres, violoncelle, contrebasse.

Lavilliers répond toujours aux signes imaginaires de sa propre mythologie fantastique, un dur au grand cœur qui joue de ses bras de boxeur au quart de tour quand l’injustice devient trop grande sur cette planète arrogante et cassée en deux : les nantis d’un côté, qui appauvrissent l’air et la terre, et les déshérités, de l’autre, forcément les plus nombreux.

Qu’à cela ne tienne : Vivre encore

Le rocker poète prête aux mots la saveur qui leur sied ; comme le bon vin, il sait vieillir dans une certaine prestance, cette dignité de l’homme qui lui est si chère.

 

Véronique Hotte

 

Le 2 août au Festival Interceltique de Lorient (du 1er au 10 août)

Le 9 août à la Citadelle de l’île d’Yeu

 

 

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