Jean La Chance de Bertolt Brecht, mise en scène du théâtre itinérant Ton und Kirschen

Crédit photo : Manfred Thomas

Theatertag T-Werk  Ton und Kirschentheater  (Brecht)   Foto Manfred Thomas

Jean La Chance (Hans Im Glück) de Bertolt Brecht, mise en scène de Margarete Biereye et David Johnston par le Théâtre itinérant « Ton und Kirschen » du Wandertheater

 

Sur le site somptueux du cimetière à bateaux de Kerhervy, sur la rive du Blavet du côté de Lanester, le Festival du Pont du bonhomme organisé par la Compagnie de l’Embarcadère (du 19 au 25 juillet), brille de tous ses feux en illuminant l’espace sous un bel arc-en-ciel improvisé et les cris des oiseaux marins dans leur envol strident.

Ainsi, avec la mise en scène de Jean La Chance de Bertolt Brecht, par le Théâtre itinérant « Ton und Kirschen » du Wandertheater, l’inspiration céleste est au rendez-vous de la scène et de la salle, deux espaces pour l’échange d’un spectacle vivant face à l’horizon marin et au vaste firmament, dans la magie de deux miroirs inversés.

Jean La Chance est une pièce de jeunesse inachevée de Bertolt Brecht, d’après un conte populaire collecté par les Frères Grimm. L’histoire de Hans/Jean est celle d’un homme « fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui ».

La femme de Hans, simple paysanne, a quitté son mari un peu rêveur pour un séducteur lambda en lui léguant pourtant sa maison que le mari trompé troque maladroitement contre une charrette et son cheval, un bien dégradé qu’il troque encore contre un carrousel sommaire avant de se dénuder jusqu’à brader sa vie.

Escrocs et faux ami dépouillent et pillent à n’en plus finir leur victime maltraitée.

Hans subit sans colère les vols qui l’accablent, il va même jusqu’à comprendre les « méchants » qui en sont les auteurs :

« Ceux-là n’ont pas oublié qu’ils ont eu beaucoup de malheur. »

L’économie n’est fondée aujourd’hui que sur le faux marchandage des bénéfices financiers fulgurants de certains au détriment de tous les autres, une morale inique.

Quel est l’échange qui puisse tenir lieu de bonheur et de plénitude personnelle ?

Les relations humaines ont beau être crues et cruelles, il reste à l’anti-héros la saveur de la vie envers et contre tout, cette jouissance douloureuse d’être au monde.

Hans échange à perte le peu qu’il possède, en ces temps d’hiver et d’arbres recouverts de neige – la métaphore de temps de grande misère.

L’homme volé reste la dupe et la proie débonnaire de fieffés trompeurs et menteurs.

Le public se laisse entraîner avec lui par l’intensité de tableaux vivants et poétiques qui s’enchaînent naturellement dans une ambiance foraine de théâtre ambulant.

Les comédiens unis – allemands, anglais, français, colombiens et russes – sont d’aimables joueurs volubiles avec leur gestuelle vive et déliée, leurs mouvements presque dansés.

Autour de Margarete Biereye et David Johnston – des metteurs en scène, à la fois acteurs, musiciens et chanteurs -, évoluent six autres interprètes aguerris, Polina Borissova, Regis Gergouin, Richard Henschel, Rob Wyn Jones, Nelson Leon et Daisy Watkiss, qui sont à leur tour et tour à tour, musiciens, acrobates, mimes, chanteurs, décorateurs, éclairagistes, techniciens et régisseurs.

Les changements de scène se font à vue, avec des matériaux de récup’ de petit cirque ambulant : planches de bois, roulotte aux couleurs joyeuses, costumes et uniformes de soldats d’époque, une atmosphère de conte d’enfance.

Des panneaux mobiles à claire-voie verticale laissent entrevoir des visions oniriques, petit cheval de bois ou bien rêve de fée. Un axe en métal rouillé et deux roues gigantesques tiennent lieu de carrousel, un mât élevé et des fils de jolies guirlandes colorées laisse tomber les arcs d’une immense tente imaginaire.

La scène théâtrale festive est généreuse avec chœurs de chanteurs et orchestre instrumental.

Les acteurs habiles s’activent autour de Hans et son oie, un duo d’humour.

Ce spectacle de fête foraine aux accents de tragi-comédie – façon Liliom, Casimir et Caroline, Woyzeck et Karl Valentin -, s’amuse de poésie et de philosophie de la vie.

Une troupe inventive, qui fignole les détails de sa farce, passant du jeu de l’acteur à la manipulation de marionnette, du chant à l’invective, du numéro de cabaret à l’échappée en solitaire, du sommeil du drôle de héros à l’admiration des étoiles.

Un théâtre solide de tréteaux et de foire fabriqué avec un joli brio créatif.

La Chance pour le public du festival du Pont du Bonhomme.

 

Véronique Hotte

 

Le Festival du Pont du Bonhomme du 19 au 25 juillet à Lanester. Tél : 02 97 81 37 38

 

 

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