Le Temps suspendu de Thuram, de Véronique Kanor, mise en scène d’Alain Timar

LE TEMPS SUSPENDU DE THURAM-D.Bernard-R.Tribord ©Soylé

Crédit photo : Soylé

Le Temps suspendu de Thuram, de Véronique Kanor (Lansman Editeur), mise en scène d’Alain Timar

Journaliste, réalisatrice de courts-métrages, photographe et romancière, performeuse de la scène et de slam, Véronique Kanor se dit en prise directe avec le mouvement contemporain d’une société en crise qu’elle capte par tous les moyens.
À travers la pièce Le Temps suspendu de Thuram, la dramaturge souhaite que le sportif de renommée internationale prenne conscience « que là où il est, dans cette tribune où il distille sa pensée sur le monde noir, ce n’est peut-être pas une place choisie, mais imposée par l’entourage, les fans, les politiques et un peuple ».
L’auteure et créatrice vidéo caribéenne ajoute que le footballeur vedette guadeloupéen Lilian Thuram n’est certes pas « sa copine » mais il le deviendra.
Comment se dégager des attentes collectives – un modèle acquis malgré soi ?
À peine a-t-on déjà oublié les images récentes de la Coupe du monde de football 2014 avec la victoire au Maracana brésilien de l’Allemagne sur l’Argentine que revient à l’esprit les photos de la Coupe du monde 1998 avec sa demi-finale France-Croatie au cours de laquelle Thuram qualifie la France pour la finale avec deux buts.
Pour la vidéaste, l’arrêt phare sur image avec Thuram à genoux savourant la victoire, et posant une main de « penseur » sur son visage est une scène culte inoubliable.
Ces images sont données à voir au public de théâtre, lors de la représentation.
Cette posture mythique d’un temps suspendu – Thuram philosophe – est à l’origine du texte dramatique, drôle et poétique, que met en scène avec éclat Alain Timar.
Deux hommes se font face et l’un a kidnappé l’autre, un autre temps suspendu.
Le premier n’a pas accompli sa vie selon son désir profond mais un bon-vouloir dicté, il a obéi au cadre social assigné d’office, époux, père, modeste travailleur incertain.
Eugène est un vrai raté, il le sait, un looser magnifiquement joué par l’acteur guadeloupéen Dominik Bernard qui ne cesse d’aller et venir, nerveux, imprévisible.
Le second, figure emblématique et modèle citoyen, s’apprêtait à inaugurer une école qui portera son nom. Thuram, qu’interprète avec délicatesse le comédien guyanais Ricky Tribord, est un winner à la part belle, joueur adulé et défenseur des opprimés.
Or, les rôles sont bien évidemment inversés : le gagnant universel est caché sous une capuche, les mains et les pieds entravés sous la merci du responsable du rapt.
Le beau perdant reprend la maîtrise du jeu, sommant son adversaire heureux à s’interroger à travers un jeu cruel, étayé d’humour, d’autodérision et de sarcasmes.
Le décor a tout d’un débarras, un non-lieu pour non existants et faux monnayeurs.
La tension de la situation s’impose d’emblée et jamais elle ne décroît, forçant le kidnappé comme le spectateur – tous à la même enseigne – à dire sa vérité.
Un beau match maîtrisé de part et d’autre grâce à l’art de la formule et de l’ironie.

Véronique Hotte

Avignon OFF – Théâtre des Halles, du 5 au 27 juillet à 11h, relâche le 16 juillet

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