Hypérion d’après Friedrich Hölderlin, mise en scène de Marie-José Malis

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

 

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Hypérion d’après Friedrich Hölderlin, mise en scène de Marie-José Malis

 

Hypérion est le grand roman d’Hölderlin, une méditation sur la Révolution française.

Le jeune homme grec de la pièce – titre éponyme – déplore la servilité de son pays durant l’occupation de la Grèce par les Turcs au XVII é siècle.

Il se demande sans s’illusionner comment il serait possible de se relever, mais

« La gracieuse illusion d’un bonheur futur m ‘aura leurré. »

Roman épistolaire, philosophique et politique, roman d’amour, Hypérion est à la fois un hymne à la jeunesse fougueuse, à son engagement et un constat pessimiste :

« Où pourrais-je m’enfuir si je n’avais pas les jours aimés de la jeunesse ? »

Pour la metteuse en scène Marie-José Malis, Hypérion est non seulement français car il a été écrit par un spectateur de la Révolution française qui dévoile ce que son pays a été et ce qu’il est devenu, mais ilest universel encore, invectivant par le verbe au-delà des frontières toutes les jeunesses du monde et les figures de notre temps :

« Beau, jeune, vrai, l’Olympe est l’État libre. »

Hypérion incite à l’action,levant une armée de libération contre les fanatismes, les opportunismes et l’ignorance. Depuis le « Printemps arabe » et la place Tahir du Caire, les possibles ouvertures de ces récents Événements et le désenchantement qui suivit jusqu’à la détresse contemporaine grecque, s’établit un inventaire des tentations gauchistes, droitières et nihilistes pour construire une politique nouvelle.

« Pourtant » ne cesse de répéter Hölderlin dans la traduction de Philippe Jaccottet – c’est bien à partir du constat d’échec que se réinvente une politique de pur désir, d’amitié, d’amour, de regard tourné vers la nature et que peuvent se comprendre les tâches symboliques d’une modernité politique citoyenne, liberté, égalité, fraternité.

Le beau, le bien l’art et la jeunesse de l’âme et de la Nature sont de vraies valeurs, séparées de la peinture caméléon où plongent les hommes aveuglés par leur intérêt. En l’être jeune, « est la richesse, il n’est pas encore en conflit avec lui-même et parce qu’il ne sait rien de la mort, il est immortel. »

L’idée maîtresse du roman, selon Malis via Pasolini, c’est qu’on ne peut faire de révolution s’il n’y a pas une conversion poétique de la sensibilité et de l’esprit.

Une nouvelle beauté doit apparaître aux hommes, beauté qu’ils trouveront dans ce qu’ils redoutent aujourd’hui et qu’ils méprisent, la pauvreté, la perte, le manque.

L’amour d’Hypérion pour la figure de Diotima porte sa part de mystère divin :

« Dans l’air favorable de janvier, j’ai cueilli un peu de vie, et cette vie je te l’apporte. »

S’accomplit ainsi un éloge de l’âme, éternellement jeune, fascinante, indestructible.

Cette parole foncièrement politique et poétique est mise à l’honneur dans la mise en scène de Marie-José Malis grâce à la déclamation claire et engagée des acteurs, une diction posée et pensée qui prend son temps et dont a pleine conscience le comédien à travers la puissance poétique et la musique du texte qu’il énonce.

Les sensations de cette façon de dire, rare car non spectaculaire, exigeante et non complaisante, audacieuse et provocatrice, touche directement non seulement l’énonciateur mais encore le récepteur, le spectateur, le public.

Ce qui se passe sur le plateau ? Chacun doit sentir que ce que l’on dit ou bien entend a des conséquences sur sa propre vie, une manière de se retrouver avec soi.

Dans un décor de petite place de village gréco-égyptien d’aujourd’hui, côté misère orientale tiers-mondiste et non pas touristique avec un rappel de socle de statue antique, les comédiens prennent place à des tables de bistrot en terrasse, près des façades aux grilles de métal fermées, mairie, bâtiment public, triste Agence Nationale pour l’Emploi ou palier d’immeuble populaire.

Les acteurs imposent la méditation, s’adressant à la salle éclairée face au public.

Ils se lèvent, puis ouvrent des bras amples. Isolés ou en chœur, ils favorisent une pose verticale majestueuse, le port du buste tendu vers le ciel pour l’accueil en soi du monde et de l’autre, infiniment patients et attentifs dans le silence installé.

Un moment précieux de théâtre d’élévation rare de la pensée et de la sensibilité.

Véronique hotte

 

Festival IN, Théâtre Benoît XII, les 8, 9,10, 12, 13, 14, 15 et 16 juillet à 18h.

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