Falstafe de Valère Novarina, mise en scène de Lazare Herson-Macarel

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Falstafe de Valère Novarina, mise en scène de Lazare Herson-Macarel

 

Futur Henri V, le jeune prince passe son temps en débauche en compagnie de son ami Falstafe, malgré la condamnation et les remontrances paternelles.

Or, des ennemis de la dynastie déclarent la guerre à la couronne, Henry devra combattre son cousin Percy et accomplir son destin, selon l’honneur de sa lignée.

De son côté, Falstafe ne quitte pas son attitude dilettante, s’obstinant à profiter d’une jeunesse approximative malgré les signes manifestes d’une dégradation physique et morale inéluctable, embonpoint, désengagement, lâcheté.

La vertu et l’honneur ne préoccupent guère le bouffon, mais l’illusion d’une vie légère de vains plaisirs et de faux enchantements – un terrain de jeu – qui élude la mort.

Le fou du prince s’amuse avec la vie insouciante et déjoue la mort instinctivement.

Falstafe (1975) de Valère Novarina est une adaptation de Henri IV de Shakespeare qui s’étend historiquement de la mort de Richard II à l’avènement de Henri V.

Lazare Herson-Macarel affirme, comme Novarina – mais comme Verdi aussi, et comme Orson Welles-, avoir resserré l’adaptation de sa mise en scène ludique autour de Falstafe et du parcours initiatique du prince Henry vers les responsabilités.

Aussi cette version destinée à la jeunesse répond-elle à la question de la filiation et de la transmission qui tient particulièrement à cœur le jeune metteur en scène et sa compagnie au titre rimbaldien, « une jeunesse aimable, héroïque et fabuleuse ».

Ces passionnés des planches œuvrent au Festival du Nouveau Théâtre Populaire dans le Maine-et-Loire.

À noter, l’absence de volonté de la part des cinq acteurs – Philippe Canales pour le Roi, Joseph Fourez pour Falstafe, Sophie Guibard pour Pistole et Worcester, Morgane Nairaud pour l’Hôtesse et Julien Romelard pour le Prince et Percy – de se poser sur la scène en tant que maîtres ou bien pédagogues sentencieux.

Les acteurs se risquent sur le plateau en toute connaissance de cause, pour en découdre à leur façon, et selon leur fraîcheur inventive qui n’hésite pas à installer dans l’espace les signes scéniques repérables du désordre du monde.

Caddy de supermarché rempli de victuailles cheap, emballages envahissants et sacs en plastique volatiles. À son sommet, une radio obstinée diffuse les airs du temps.

L’hôtesse est une Marylin joyeuse qui joue et danse les cérémonies d’accueil.

La planète est une vaste poubelle, et cet objet, récipient urbain en plastique vert pour tous les détritus, est posé sur le sol, le refuge privilégié et la caverne de Falstafe.

Le Roi est sur son piédestal, grimé comme un clown et vêtu d’une blouse de peintre artiste qui réalise, depuis une échelle, sa fresque dans les hauteurs, entre ciel et nuit.

Pistole agit en camarade décontracté, observateur et aide de camp plutôt enjoué.

Falstafe quant à lui, en pantalon à carreaux et grossi par des prothèses gonflées, est l’amuseur qu’on attendait, gouailleur, excessif et trompeur trompé : il fait rire le public. Et donnons la palme au Prince Henry qui est aussi Percy ; il retire son bonnet de laine et enfile tour à tour une veste de chef militaire ; il se vêt et se dévêt en un tournemain. Agile et vif, lors de la fameuse bataille qui décide du destin de la couronne, il prend un couteau, soit l’offrant à son adversaire ou bien l’esquivant, selon une situation alternée d’attaquant ou d’attaqué : le jeu en vaut la chandelle.

Dans cette scénographie de cirque et de clowns, la parole de Novarina est efficace, à la fois sobre et percutante, malgré les frasques et les folies de ses personnages.

Une farce, une belle ronde endiablée qui d’un rien fait tout, et change la boue en or.

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