Le Tartuffe – N°3 Printemps 2014 – Éditions de L’Harmattan

Le Tartuffe – N°3 Printemps 2014 – L’Harmattan

 

 

Après Coups de théâtre, une jolie revue théâtrale des Éditions L’Harmattan trop tôt disparue, le numéro 3 – Printemps 2014 – de la revue Le Tartuffe paraît sous l’égide du rédacteur en chef Gérard Allouche, homme passionné de textes et de théâtre.

Construire et déconstruire l’art dramatique, s’amuser du jeu et des jeux, faire voler en éclats les pièces et leurs perspectives : sans cette vie organique qui le métamorphose, selon le critique, le théâtre resterait sans voix, un paradoxe !

Par ailleurs, le retour vers les classiques est éternel : « Nourri du passé, en quête d’avenir : un classique », Jean Grapin ne se lasse pas d’évoquer ce concept-trésor sur lequel le spectateur, l’acteur et le metteur en scène reviennent sans cesse.

Jade Lanza s’attache quant à elle, à la volupté du sacrifice dans l’œuvre de Musset à travers laquelle aimer est une aventure héroïque, un chemin de croix douloureux, quand on doute non seulement de l’autre mais de soi aussi. Musset, Sand…

Jean Gillibert a carte blanche pour rappeler que l’éthique précède tout simplement l’esthétique. L’amuseur des mots imagine que « le damneur ou l’errance féconde des réincarnations ». Pour l’analyste érudit, l’acteur est un exil perpétuel qui rappelle incessamment une présence par l’intermédiaire de sa parole prophétique.

Gérard Allouche s’arrête sur le fameux Mondory, l’acteur fétiche de Corneille qui mourut sur le plateau d’un AVC : « son engagement paroxystique sur scène montre les ravages de l’alexandrin, arme létale et les pouvoirs des mots plus mortels que l’épée… »

Le dossier magnifique de Michel Ellenberger est consacré aux 36 situations dramatiques selon Georges Polti (1868-1946), auteur trop peu connu ou méconnu.

Tel est le titre de l’ouvrage mythique de Polti, Les 36 situations dramatiques, dont le propos consiste à analyser les éléments dynamiques mis à l’œuvre dans toutes les situations théâtrales possibles.

Implorer par exemple, concerne le Persécuteur, le Suppliant et la Puissance indécise. Le Sauveur a à voir avec L’Infortuné, le Menaçant et le Sauveur.

La rivalité des proches considère le Proche préféré, le Proche rejeté et l’Objet.

Les crimes d’amour touchent autant l’Épris que l’Aimé.

Le remords fragilise non seulement le Coupable et la Victime mais l’Interrogateur.

Autant de situations, autant de sentiments et de réactions, autant de victimes et de bourreaux, de maîtres et d’esclaves : le calcul des probabilités est infernal mais il témoigne de l’infinie vitalité de la vie qui pétille et bruit en chacun, selon sa position.

Cette problématique savante est adoptée au cinéma et enseignée au cinéma ; on ne peut rester indifférent à cette folle entreprise de l’inventaire et du répertoire humains.

 

Ce numéro 3 du Tartuffe se lit avec un réel enthousiasme, un esprit de découverte.

Attendons la suite.

 

Véronique Hotte

 

Le Tartuffe – N°3 2014 – Éditions L’Harmattan, 12 euros.

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