Adolescence et territoires(s), 2013 Comme possible, mise en scène de Didier Ruiz

Adolescence et territoire(s)

                                                                                                               

2013 Comme possible, mise en scène de Didier Ruiz

 2013 comme possible - Photo Emilia Stéfani-Law 5

crédit photo : Emilia Stefani-Law

Quatorze adolescents de trois villes, Clichy, Saint-Ouen et Paris 17e et issus pour la plupart de la diversité, se sont lancés l’année dernière sur le plateau d’une scène de théâtre – les Ateliers Berthier de L’Odéon-Théâtre de l’Europe – dirigés par le metteur en scène Didier Ruiz qui a su être au plus près de leur présence.

Ils reviennent en 2014 fouler le sol du plateau, plus graves peut-être, car plus mûrs.

Ce sont dans une même diversité de jeunes existences en herbe, incertaines et fragiles, des boutons de printemps confrontés déjà et sans qu’ils ne soient jamais abîmés, aux violences quotidiennes d’une société dans laquelle les dits Français et Blancs restent sourdement des dominateurs moraux et historiques.

Or, les jeunes gens, même s’ils ressentent la brutalité cassante et humiliante des rapports sociaux, n’en restent évidemment pas à ce constat réducteur, heureusement brinquebalé et mis à mal par les valeurs « positives » d’une société nouvelle qui s’ouvre et s’enrichit de toutes les différences et origines.

L’évolution vers le brassage des populations est irréversible et lutte contre la sclérose sociale, l’incapacité d’un pays ou d’une population à évoluer et à s’adapter aux situations nouvelles par manque de dynamisme, par repliement sur soi, par vieillissement, par peur de l’autre.

Tous, filles ou garçons, petits ou grands, minces ou ronds, égrènent leurs origines diverses, algériennes, marocaines, tunisiennes, maliennes, comoriennes …

Très peu disent qu’ils sont également français par respect peut-être envers leurs origines et dans le refus symbolique de se risquer à trahir leurs parents ; l’un d’eux choisit même de se dire seulement Africain sans évoquer le pays en question.

Ils sont tous là, immobiles et conscients de leur corps et de leur être, face au public qu’ils regardent à la fois avec timidité et assurance, assis sagement sur une rangée de chaises, puis se levant l’un et l’autre, ou se lançant collectivement ou individuellement, sur une musique, dans une danse effrénée qui libère leur énergie.

Ce temps de mobilité du corps et de ses mouvements aériens est plein de grâce.

Un jeune évoque son engagement politique pour améliorer les relations humaines.

Peut-être quelques aveux intimes auxquels certains interprètes s’adonnent et qui leur font mal, tant ils exigent d’efforts sur soi, auraient-ils pu être gardés discrètement pour le groupe d’improvisations – un collectif préservé et restreint – et non pas s’offrir à l’impudeur d’une parole publique en représentation dans une salle de spectateurs.

Ce détail mis à part, l’entreprise de Didier Ruiz est attachante : elle s’arrête sur ces jeunes qui ont peu de temps derrière eux mais beaucoup de temps devant eux : « ils ont des centaines d’années comme tout le monde », écrit Marguerite Duras.

Ils nous ressemblent tous à moins que ce ne soit nous qui leur ressemblions.

 

Véronique Hotte

 

Ateliers Berthier – Odéon-théâtre de l’Europe, le 14 juin.

 

 

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