Adolescence et territoire(s) – Le Rêve d’un homme ridicule de Fédor Dostoïevski, traduction de André Markowicz, mise en scène de Jean Bellorini

Crédit photo : Philippe Mercier

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Adolescence et territoire(s)

Le Rêve d’un homme ridicule, de Fiodor Dostoïevski, traduction de André Markowicz, mise en scène de Jean Bellorini

 

« Je suis un homme ridicule. Maintenant, ils disent que je suis fou. Ce serait une promotion, s’ils ne me trouvaient pas toujours aussi ridicule. Mais maintenant je ne me fâche plus, maintenant, je les aime tous, et même quand ils se moquent de moi – c’est surtout là peut-être, que je les aime le plus. »

Incompris, idéaliste, pressé de refaire le monde, le narrateur-personnage du Rêve d’un homme ridicule se destinait à une mort choisie quand la rencontre fortuite d’une petite fille chagrinée l’interpelle et le détourne par hasard de son projet macabre.

Revenu chez lui, l’insomniaque tombe étrangement dans un profond sommeil.

Ce voyage onirique le conduit vers le bonheur d’un monde alternatif et utopique, une planète imaginaire où règne le bonheur et la bonté d’âme, un éden bientôt corrompu.

Or, l’homme ridicule se réveille, fort de la conviction qu’on peut lutter contre le Mal.

Pour cet adepte des songes, le Paradis est accessible, ici et maintenant, un constat qui transcende tous les ridicules, même si l’homme en question provoque encore le rire et les moqueries, faisant de lui une éternelle victime, expiatoire et différente.

Le metteur en scène Jean Bellorini avec la Compagnie Air de Lune a eu l’intuition que ce fou, issu du Rêve d’un homme ridicule (1877), aime se distinguer :

« Je me moquerais bien avec eux, pas de moi-même, non, mais en les aimant, si je n’étais pas si triste quand je les vois. Si triste, parce qu’ils ne connaissent pas la vérité, et, moi, je connais la vérité ! Mais, ça, ils ne le comprendront pas.

Et ce rêveur qui regarde le monde depuis ses hauteurs toutes relatives correspond finalement à chacune des figures multiples et adolescentes des vingt-et-un jeunes comédiens amateurs – habitants d’Asnières, de Clichy, de Paris, de Saint-Denis, de Saint-Ouen – que le directeur du TGP-CDN de Saint-Denis dirige sur le plateau.

Qui est ce fou enfin ? L’acteur ? Une jeune silhouette qui raconte son aventure ?

À moins que ce ne soit simplement le metteur en scène ou bien le spectateur…

Toujours est-il que ces jeunes gens – ces passeurs de l’enfance à l’âge adulte – diffusent la flamme d’une parole critique à travers une voix claire, aisée et agile.

Ils dessinent romantiquement les mouvements d’une danse ample et gracieuse à travers laquelle ils s’échangent rôles et personnages, s’enfonçant dans un fauteuil, ou repliés sur un lit d’hôpital ou s’imposant au monde sur un trône élevé en majesté.

Nuit obscure, lampes jaunes et tremblantes qui descendent à vue des cintres, telles des étoiles filantes sur le noir du firmament, la vie qui va-et-vient occupe le regard.

L’esthétique de Bellorini bat son plein dans les mouvements collectifs de foule, quand la belle assemblée des acteurs se regroupe, formant un chœur de théâtre habillé de couleurs acidulées et sucrées, pantalon vif et sweat à capuche pastel.

Portraits de groupe en pied, ces amateurs donnent du goût à l’ennui, de la vigueur et du renouveau au souffle de leur parole, une conviction en herbe et de la foi en la vie.

Quand la lumière s’attarde sur l’un d’eux, le visage rayonnant donne à la scène toute la promesse de jeu qui l’habite, frêle et solide à la fois, incertaine et têtue encore. Pressés d’en découdre avec le monde qu’ils pressentent tyrannique et passionnant, ils attendent l’existence, instinctivement instruits des vagues de vie qui déferlent sur leur être en devenir.

 

Véronique Hotte

Ateliers Berthier, Odéon-Théâtre de l’Europe le 14 juin.

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2 réflexions sur “Adolescence et territoire(s) – Le Rêve d’un homme ridicule de Fédor Dostoïevski, traduction de André Markowicz, mise en scène de Jean Bellorini

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