Médée de Sénèque, Traduction nouvelle de Blandine Le Callet, édition bilingue, Folio Théâtre, Gaillimard

 Médée de Sénèque, traduction nouvelle de Blandine Le Callet, Édition bilingue, Folio Théâtre, Gallimard.

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Philosophe et homme politique, contemporain des années de sang de l’empire romain jusqu’à Néron, Sénèque est le plus grand tragique de Rome, moraliste encore à travers sa vision au style concis et baroque et son goût des sentences.

L’écriture tendue du dramaturge correspond à la violence des sujets posés.

Médée, la magicienne infanticide de la pièce éponyme de Sénèque, est un personnage monstrueux dont les replis noirs de l’âme mènent à des crimes ignobles. Ce Médée repose sur la nouvelle traduction latine et édition de Blandine Le Callet.

Petite fille du Soleil, Médée – selon le regard stoïcien – est un être incandescent, encline aux embrasements de la passion qui peuvent provoquer la furor divine.

Quand elle apprend la trahison de Jason qui s’apprête à épouser Créüse, fille de Créon, la sorcière Médée fait du feu l’instrument magnifique de sa vengeance.

Elle a déjà tué dans le passé son frère pour favoriser la fuite des Argonautes devant la flotte de son propre père, furieux qu’on lui dérobe la Toison d’or.

La criminelle embrase de son feu criminel sa rivale et son père, un incendie communiqué au palais qui menace de détruire Corinthe. Auparavant, elle aura assassiné ses propres fils – ceux de Jason -, brisant ainsi la descendance de l’infidèle, lui infligeant une peine inouïe en plus de ses sarcasmes.

L’infanticide s’évade en grimpant dans un char céleste envoyé par le Soleil.

Blandine Le Callet revient, dans sa préface, sur la transgression initiale commise par les Argonautes qui se sont aventurés les premiers sur la haute mer.

Dès lors, un nouvel ordre du monde s’est instauré : la frugalité originelle de l’humanité a été remplacée par une avidité sans bornes.

Le chœur reconnaît qu’en jetant les hommes dans les affres de la convoitise et de la crainte, l’Argo les a livrés aux passions. Le voyage a permis l’irruption de la barbarie dans un monde civilisé, reliant la Grèce à la Colchide : « N’importe quel esquif peut parcourir la haute mer. Toutes les limites ont été repoussées et des villes ont édifié leurs murs sur de nouvelles terres… Dans de longues années, viendra un temps où Océan relâchera son emprise sur le monde. »

Si les nouvelles frontières géopolitiques instaurent le chaos planétaire, les frontières morales se brouillent également et la figure de Médée ne peut épouser que les ténèbres. Où est le Bien ? Où est le Mal ? Du côté de Médée qui tue ses enfants ? Du côté de Jason qui a obéi aveuglément à l’ordre impie de Pélias d’accomplir le voyage en Colchide ? Selon la traductrice, Sénèque laisse entendre que le mal est partout : « Du côté de Médée, mais aussi de ses ennemis, dressant le tableau très noir d’une humanité où bourreaux et victimes se confondent, tous également fous, tous également dignes des pires châtiments. »

Cette vision pessimiste du monde, qui installe le spectacle triomphal de la violence puisque Médée la criminelle s’échappe sur son char céleste, rejoint notre contemporanéité.

 

Véronique Hotte

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