Un Temps bis Georges Aperghis, Valérie Dréville, Geneviève Strosser, textes de Beckett et mise en scène de Georges Aperghis

Crédit photo : Philippe Stirnweiss

 

Image

Un Temps bis / Georges Aperghis / Valérie Dréville / Geneviève Strosser, de Georges Aperghis, textes de Samuel Beckett, musiques pour alto de Georges Aperghis (Uhwerk), Franco Donati (Ali) et Helmut Lachenmann (Toccatina)

 

Dans le cadre de Manifeste-2014 Festival de l’IRCAM, le compositeur Georges Aperghis offre au public Un Temps bis, un moment admirable de théâtre musical vivant, composé par ses soins astucieux, en compagnie de l’actrice Valérie Dréville qui s’amuse, sourire aux lèvres, à déclamer la parole doucement paradisiaque et infernale des petites proses de Beckett, ces « partitions vocales autant que picturales, combinatoire infatigable des mots et du regard ». À l’oreille du spectateur donc, des extraits de Bing, Plafond, Mirlitonnades, Pour en finir encore.

Aux côtés de la comédienne avec laquelle elle forme un duo poétique, l’altiste Geneviève Strosser égrène les ritournelles furioso, des pièces pour alto du compositeur metteur en scène Aperghis, de Donatoni et de Lachenmann.

Ce « moment » est un bijou du temps présent, jouant des lumières et des miroirs qui figurent portes et ouvertures éclairées, leurs lignes fluo qui dessinent la géographie de la vie quotidienne, les possibilités existentielles de fuite et d’échappée contre l’enfermement : « Écoutez-les s’ajouter les mots aux mots les pas aux pas un à un. »

Le noir, le gris, le blanc envahissent l’espace du plateau et la voix blanche de Beckett affleure : « Ciel gris sans nuages poussière océan sans rides faux lointains à l’infini air d’enfer pas un souffle. Mêlés à la poussière vont s’enlisant les débris du refuge dont bon nombre déjà n’affleurent plus qu’à peine. » Les jeunes femmes, pieds nus, tapent le sol de leurs pas vifs, évoluant d’une série de piétinements à des pauses plus longues, « jambes collées comme cousues talons joints angle droit ».

Les lumières de Daniel Levy font en sorte que des fragments de corps de la comédienne et de la musicienne soient révélés alternativement, un bras, un morceau de visage, un coude… La tonalité comique du détachement va et vient entre gravité et légèreté, gémissements et soupirs profonds de la musique d’un côté, pose accroupie ou bien verticale et immobile des interprètes, de l’autre : « Le nain nonagénaire dans un dernier murmure de grâce au moins la bière grandeur nature. »

Le corps des deux femmes, la lecture de l’actrice et la musique de l’alto donnent sa pleine résonance au sens beckettien de l’existence grâce à cet aller-retour entre la voix claire de Valérie Dréville et les notes plus sombres, ironiques ou énigmatiques, jouées par l’alto de Geneviève Strosser : « Imagine si ceci un jour ceci un beau jour imagine si un jour un beau jour ceci cessait imagine. »

Peut-être, jamais, toujours, invisible … Ce moment-là reste tangible et vivant, un temps dont on se souvient.

 

Véronique Hotte

 

T2G, Théâtre de Gennevilliers, Centre dramatique National de Création Contemporaine, jusqu’au 15 juin, les 13 et 14 juin à 20h30 et le 15 juin à 15h.

Tél : 01 41 32 26 26

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s