Les Tribulations d’une Étrangère d’origine, interprétation et conception d’Élizabeth Mazev, version scénique de Mémoire pleine, un récit d’Élizabeth Mazev (Éditions les Solitaires Intempestifs)

 

Les Tribulations d’une étrangère d’origine, version scénique de Mémoire pleine, un récit d’Élizabeth Mazev (éditions Les Solitaires Intempestifs), interprétation et conception d’Élizabeth Mazev

LES TRIBULATIONS D UNE ETRANGERE D ORIGINE -

Crédit photo : Christian Berthelot

Sourire malicieux, posture décidée, tenue droite, Élizabeth Mazev n’en finit pas de s’amuser elle-même de sa vie et de ses heureux hasards, naissance et rencontres.

Etre né quelque part, puis plus tard, être ou ne pas être, selon la formule shakespearienne … Élizabeth Mazev « est » et s’est, on n’en doute pas, construite.

Avec Les Tribulations d’une étrangère d’origine – la version scénique de Mémoire pleine, un récit personnel que la comédienne conçoit et interprète seule, Élizabeth Mazev se souvient de ses trois ans et demi dans une petite ville du Sud de la France.

Ses parents et son grand frère, son aîné de douze ans, parlent le bulgare entre eux, comme la voisine compatriote du rez-de-chaussée, à la différence de l’amant yougoslave de celle-ci dont la langue initiale « varie » quelque peu.

ous les étés, les vacances s’organisent à partir d’un retour, une virée automobile dans le pays qu’on a laissé derrière soi, dans la recherche des origines de cette famille morcelée d’exilés politiques bulgares.

Au retour de ces embardées affectives mais aussi politico-culturelles, la petite Élizabeth, tonique et effervescente, qui comprend la langue parentale mais se refuse à la parler – alors qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche -, trouve sa vraie place dans l’école républicaine française où dès le CE2 elle rencontre, pour ne plus le quitter, Olivier Py, homme de théâtre à venir.

Le jeune homme suivra Élizabeth plus tard, dans ce pays mythique qui fraie avec l’identité même de sa compagne.

Mais entre-temps, le mur de Berlin est tombé pour laisser place à un capitalisme sauvage ahuri que beaucoup d’autochtones s’emploient à fuir tandis que ces affranchis d’hier s’évertuent à retrouver l’authenticité perdue d’un pays qui n’existe plus – si ce n’est, sur la carte géographique.

En fait, le pays appartient à un imaginaire collectif dont il serait difficile de dénouer clairement les liens. Élizabeth, à la recherche de soi, n’a peur de rien : enfant, elle visite sa terre patrie et apprend à l’aimer jusqu’au moment où elle découvre ses failles, en tant que « satellite le plus fidèle de l’Union soviétique ».

Elle n’en continue pas moins à le chérir jusqu’au jour où tout s’écroule, pour laisser place à l’arrogance et au terrorisme des « nouveaux » riches du libéralisme économique. Élizabeth reste elle-même, frondeuse dans la recherche des projets artistiques comme dans sa vie de jeune fille, mais elle reste discrète à ce sujet.

Et c’est bien cette manière mesurée – une valeur consentie à la pudeur – qui la distingue de tous ces faiseurs d’autobiographie complaisante.

L’actrice se raconte devant nous, tout à tour dubitative ou sereine, incertaine et fragile ou encore autoritaire et péremptoire. Léger accent chantant du sud pour cadeau de bienvenue, cette femme de notre temps vit sur la scène comme elle évolue dans la vie, sans nul écart entre l’être et sa vérité, le discours et la pratique, en glissant pourtant vertigineusement du rêve à la réalité.

Un travail de figure sereine et souveraine, sans éclat, avec force et conviction. Nous sommes tous des étrangers d’origine qui travaillons à trouver l’identité qui nous sied.

 

Véronique Hotte

 

Festival « Seules… en scènes » -TOP Théâtre de l’Ouest Parisien, le 20 mai.

Festival de Sibiu en Roumanie, le 6 juin

Poligny, le 16 octobre

Act Art 77, les jeudi, vendredi, samedi et dimanche, du 21 novembre au 21 décembre 2014 et du 8 janvier au 28 février 2015

Narbonne, le 9 décembre

Noyon, le 30 janvier

 

 

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