Peer Gynt de Henrik Ibsen, traduction de François Regnault (Éditions Théâtrales), mise en scène de Christine Berg

Crédit Photo : Frédéric Cussey

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Peer Gynt de Henrik Ibsen, traduction de François Regnault (Éditions Théâtrales), mise en scène de Christine Berg

 

Comment définir le mythe de Peer Gynt quand l’œuvre entière du dramaturge norvégien Henrik Ibsen se lit comme une mise en question des valeurs sociales et morales de la bourgeoisie du XIX é siècle ?

Ibsen écrit la pièce en 1867, exilé en Italie depuis 1864. Certains voient son héros comme l’antithèse du patriote volontaire de Brand (1865), pièce mise en scène avec grâce par Stéphane Braunschweig en 2005.

Or, le personnage de Peer Gynt est un esthète désinvolte qui joue avec la vie sans jamais trouver le noyau de sa conscience. En quête de reconnaissance, le menteur et hâbleur reste pour autant attachant, faible créature soumise à la loi d’un désir impérieux et d’une imagination fantasque. Coureur de jupons, il tombe amoureux de la pure Solveig à laquelle il reste lié en pensée.

Le vaurien cherche, en parcourant le vaste monde, une vérité qui lui échappe -«être soi-même»-, tandis qu’il est forcé aux détours de hasard, aux rencontres avec le Grand Courbe, avec le roi des trolls qui lui scandent leur foi : « suffis-toi toi-même ».

Malgré les honneurs entrevus, le héros refuse d’abandonner sa condition et retourne chez sa mère qui se meurt. Vingt ans plus tard, ayant fait commerce d’or et d’esclaves en Afrique, il perd son butin et son navire sur le chemin du retour.

On le retrouve prophète d’une tribu sauvage, puis volé par la belle Anitra en Arabie, il est ensuite proclamé empereur des fous dans un asile d’Égypte. De retour encore vers son pays, il rencontre le fondeur de boutons qui l’engage à faire don de son âme, un bouton mal fait qui sera refondu dans le grand chaudron.

Refusant le pacte, il échoue après un nouveau naufrage chez Solveig qui lui apprend que sa vie est loin des bonheurs éphémères et près de la solitude d’exister.

La mise en scène de Peer Gynt à travers voyages, montagnes, désert et brousse, n’est pas chose facile, mais Christine Berg est bien à son affaire avec sa troupe choisie de comédiens rageusement engagés, énergiques et infatigables.

Cette création endiablée convie le spectateur à un tournis scénique qui débute à merveille avec la fameuse chevauchée fantastique rêvée par ce sacré bonimenteur.

Il suffit d’un rideau au voilage transparent que l’on tire, et l’écran propose des images d’envols d’oiseaux tandis que la silhouette du rêveur apparaît, chevauchant dans les airs un inquiétant bouc noir. Plus tard, vogue une goélette majestueuse.

Interprété par le talent d’Antoine Philippot, qui joue naturellement et sans esbroufe tant de son physique d’athlète que de l’art plus subtil de déclamer ou de chanter, le protagoniste d’Ibsen est accompagné par le chœur des autres personnages, un collectif de sept comédiens éblouissants car aguerris aux pièges du plateau qu’ils maîtrisent avec un rare brio scénique.

Ils savent qu’ils sont là pour s’amuser et divertir le public, et c’est une victoire.

Citons les tous : Moustafa Benaibout, Loïc Brabant, Céline Chéenne, Vanessa Fonte, Julien Lemoine, Marine Molard, Stephan Ramirez.

Ces acteurs performants – ils chantent également – épousent tous les rôles de ce théâtre sombre et envoûtant aux parois de bois brut de baraque de foire, guirlandes de loupiotes colorées, piste de cirque et clown blanc, costumes scintillants et habits d’arlequin, trapéziste aux jambes nues, travestis pleins d’humour, un cocktail de figures imaginaires et mythiques échappées d’une lanterne magique.

Qu’ils figurent des présences diaboliques à la démarche boitillante, des invités de cérémonie de mariage à l’habit sombre et au chapeau noir haut de forme, ou qu’ils inventent les silhouettes troublantes de gnomes, de bêtes démoniaques à moitié humaines et à la longue queue de rat, accroupis ou avachis, grimés et méconnaissables, mimant encore des étirements de chat, vociférant et agressant Peer Gynt, le public reste fasciné par la justesse des poses et l’élan des mouvements esquissés qui hantent la scénographie étudiée de Pierre-André Weitz.

L’accompagnement musical à vue de Gabriel Philippot avec Julien Lemoine – percussions, piano et trompette – ajoute sa note joyeuse à ce rendez-vous festif dans les bas et hauts fonds de l’être.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de la Tempête à La Cartoucherie, du 8 mai au 8 juin, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Tél : 01 43 28 36 36

 

 

 

 

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