Le Banquet ou L’Éloge de l’amour, d’après Platon, mise en scène de Christine Letailleur

Crédit Photo : Caroline Ablain

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Le Banquet ou l’Éloge de l’amour, d’après Platon, traduction de Luc Brisson, adaptation, mise en scène et scénographie de Christine Letailleur

 

Musique de boîte disco, scène de danse et d’exhibition, écran bleu, jeu d’ombres et boule magique scintillante, les jeunes gens profitent de l’instant qui passe.

Dans Le Banquet de Platon mis en scène par Christine Letailleur, Agathon qui vient de célébrer son triomphe au concours de tragédie invite la même assemblée le lendemain de la fête où les esprits échauffés sont revenus de ces excès de la veille.

Des lits couverts du rouge velours de théâtre tiennent lieu de salon de conversation.

Le bel éphèbe exige que l’assemblée plus apaisée fasse un éloge de l’amour et de la beauté.

Ainsi, Phèdre, Aristophane, Pausanias, Socrate et Diotime participent à l’entreprise et même Alcibiade, surgi à l’improviste et complètement ivre.

Les liens entre la connaissance et l’amour sont solides chez Platon, entretenus sur fond d’homosexualité masculine et de transmission du savoir entre hommes.

La fête singulière est donc à la fois intellectuelle, alcoolique et érotique.

Dans les jeux du désir et de la pensée, la philosophie occupe une place légitime, révélant comment l’amour de la beauté physique sous-tend l’idée du Beau.

Pour Phèdre, l’Amour est le plus ancien des dieux, une autorité qui mène à la vertu. Pour Pausanias, deux sortes d’Amour s’opposent, l’Amour de l’Aphrodite vulgaire et l’Amour de l’Aphrodite céleste, le premier s’attache au corps sans distinction de sexe tandis que le second se lie au sexe masculin, plus fort et plus intelligent.

Se donner à un homme vertueux revient à se perfectionner dans la vertu.

Pour Aristophane, existent l’homme, la femme et l’androgyne, pourvus de deux sexes. Zeus les coupe en deux pour les punir de tenter d’escalader le ciel.

Depuis, chaque moitié recherche l’autre, en mal d’unité primitive.

Si l’Amour est vénéré avec piété, le bonheur avec l’autre partie de soi est possible.

Pour Agathon, l’Amour communique aux hommes ses dons, la beauté et la bonté.

L’Amour est le charme de la société humaine, l’objet de l’admiration et du désir des hommes et des dieux, l’auteur de tout plaisir et le consolateur de nos peines. Socrate ne sait dire que la vérité, sa dialectique de l’éloge de l’Amour diffère. Interrogeant Agathon, l’ironique Socrate conclut que si l’Amour désire la Beauté et le Bien, c’est qu’il en manque…

Puis il cède la parole à Diotime pour laquelle l’Amour est un démon, un intermédiaire entre les dieux et les hommes, chargé d’assurer les rapports entre eux.

De plus, le désir d’immortalité gouverne les actions des hommes. On contemple la beauté des corps pour accéder à la beauté des âmes, la beauté en soi et la vertu.

Mais le furieux Alcibiade entre avec éclat pour casser l’harmonie entre les échanges. Pour lui, Socrate ressemble aux Silènes : il met en garde Agathon contre le philosophe qui, prétendant aimer, ne fait que capter l’amour d’autrui.

Or Alcibiade aime Socrate qui l’a sauvé, il ne peut se départir de cet amour non partagé : l’Aimé tient tout le monde sous son charme avec ses discours divins.

Le spectacle théâtral proposé par Christine Letailleur est agréablement ludique, jouant des idées et de la pensée avec art, s’amusant aussi de l’attrait physique de ces jeunes corps de comédiens facétieux qui méditent dans leur tentative d’atteindre la Beauté, le Bien et la Vertu, se soumettant sans le savoir au désir le plus brut.

Il fallait un soin raffiné, de la délicatesse et de l’audace pour installer un tel Banquet.

 

Autour de Christian Esnay qui incarne dans un bel entrain le comique et trivial Aristophane, les jeunes comédiens sortis de l’école du Théâtre National de Bretagne sont convaincants : Philippe Cherdel pour Aristophane, Julie Duchaussoy pour Diotime, Manuel Garcie-Kilian pour Agathon, Jonathan Genet pour Socrate, Simon Le Mouellec pour Pausanias et Elios Noël pour Alcibiade.

Un renouvellement bénéfique de l’art de philosopher sur une scène de théâtre.

 

Véronique Hotte

 

Le Théâtre de Lorient CDN, du 14 au 18 avril.

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