Sujet, Triptyque de la Personne, T3 – une Création du GdRA

Crédit Photo : Nathalie Sternalski

 

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Sujet, Triptyque de la Personne, T3 une Création du GdRA

 

 

Au-delà de la morale, du droit, de la politique, de la médecine et de la grammaire, le terme de « sujet » désigne en philosophie, un être conscient qui, grâce à ses facultés sensibles et intellectuelles, élabore un point de vue sur le monde et sur lui-même.

Cette conception active de l’humain doté d’un regard existentiel est inversée en psychopathologie quand l’être est «objet de» ou bien «sujet à» des troubles.

Le sujet est toujours celui qui parle ou dont on parle, solide ou pas, fragilisé ou pas.

Le Triptyque de la Personne par le GdRA (Groupe de Recherche Artistique) propose un théâtre du portrait, narratif et anthropologique, physique et pluriel.

Sous la houlette de l’anthropologue Christophe Rulhes, auteur, metteur en scène et musicien et de Julien Cassier, acrobate, chorégraphe et scénographe, l’aventure scénique initiée en 2007 avec Singularités ordinaires et poursuivie avec Nour, s’achève avec Sujet, un spectacle pluridisciplinaire sur les attachements qui font de l’être «une personne ».

Aussi Sujet porte-t-il en scène la personne précaire, instable et soignée.

En amont, pour traiter de l’homme – objet de prédilection des sciences dites humaines -, il a fallu enquêter et recueillir des témoignages.

Un Aveyronnais – le père du narrateur – est filmé dans la nature au milieu des chants des oiseaux, sur sa terre de campagne fortement boisée. Il se prend pour une biche, dit-il étrangement en langue occitane aussitôt traduite et mimée sur la scène par la danseuse tonique et musicienne Armelle Dousset.

Si l’homme cervidé embrasse des reliques saintes du Sud-Ouest de la France, il est sauvé, il devient guérisseur.

Une façon de faire le « lien » encore avec le narrateur, anthropologue de la santé, qui se penche sur Aby Warburg, historien de l’art, passionné de Saint-Gilles l’Ermite représenté en peinture avec une biche, thaumaturge du XII é.

Ce saint intercesseur met à distance non seulement l’épilepsie, la folie, la stérilité et la possession démoniaque, mais il favorise l’émancipation.

Sur le plateau, le danseur acrobate Julien Cassier s’arc-boute avec des bois de cerf dans les mains, devenant un animal forestier sous les yeux du public subjugué, tandis que l’écran invite le spectateur en pleine forêt à la fois claire et profonde.

Un patient est filmé encore en centre hospitalier spécialisé de Montpon- Ménestérol en Dordogne : le résident parle de sa maladie, de ses fragilités et de son handicap. Puis c’est au tour d’une chanteuse de tarentelle italienne de prendre possession de la parole en expliquant l’art du chant et de la transe qui sauve les malades.

Le passage à la scène de cette écriture étoilée et de ces éclats de langage polyvalent convie ensemble l’acrobatie, la danse, le théâtre, le texte, la vidéo et la musique.

La visée dramaturgique transfigure le réel en partant du quotidien.

Les performers s’engagent de tout leur corps dans l’espace scénographique et son volume – sons et images, mouvements et jeux de scène, écran et cordes lisses.

La danseuse Lara Barsacq parle hébreu quand elle le veut, elle prend plaisir à déconstruire son corps et ses arabesques, multipliant les brisures et les cassures, le désaccord et la révolte dans une sorte de transe sublimée.

Quant à Viivi Roiha qui parle finnois, la corde lisse est son domaine, elle grimpe régulièrement dans les hauteurs pour retomber brutalement mais salutairement, plus bas, enroulée dans le lien de sa corde.

Tous les interprètes s’adonnent à leur solo dans le respect des autres : ils sautent, s’élancent dans les hauteurs, rebondissent, tombent, chutent, se relèvent, s’attachent à des liens improbables puis s’en délivrent.

On ne sait où donner de la tête face à ce capharnaüm organisé à l’écoute de la guitare, de la clarinette basse, de l’accordéon, des claviers, de la batterie et des percussions, près des troncs d’arbres et des cordes attachées librement aux cintres. Qui est-on ?

Rechercher ainsi son identité dans le déploiement des performers est un plaisir.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre Romain Rolland de Villejuif, du 8 au 11 avril. Tél : 01 49 58 17 00.

Le Parvis- Scène nationale de Tarbes, le 23 mai.

L’Escale – Théâtre de la Ville de Tournefeuille, le 27 mai.

 

 

 

 

 

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