Et si nos pas nous portent … de Stanislas Cotton, mise en scène de Vincent Goethals

Crédit photo : Eric Legrand

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Et si nos pas nous portent…

 

Et si nos pas nous portent … est une pièce de l’auteur belge Stanislas Cotton mise en scène par Vincent Goethals, le directeur du théâtre du Peuple, un spectacle créé dans cette magnifique institution de Bussang au dernier Festival 2013 du nom.

La scénographie figure l’entrée de ce beau théâtre de bois installé à la lisière de la forêt vosgienne, un rideau de théâtre dans le théâtre, une galerie non plus de miroirs mais de rideaux de scène rouges ou bien couleur écrue sur le plateau du Tarmac.

La forme est celle du cabaret – velours rouges, loupiottes jaunes et parquet de bois – avec une succession de numéros ponctués de chansons mises en musique par Pascal Sangla, une vision entre cirque et cinéma, tendance Cukor et Minelli.

Ces mini-saynètes – des nouvelles théâtrales, des «bulles poétiques», des notes littéraires de partition – sont portées par quatre acteurs qui, selon les intentions de Vincent Goethals, sont deux hommes, deux femmes, deux noirs, deux blancs.

La distribution tant humaine qu’universelle est composée de comédiens talentueux et facétieux, graves et comiques, qui s’amusent de leur harmonie ou bien de leur dissonance formelle, de leur complémentarité profonde ou bien de leur opposition. Ainsi Jessica Gazon, Solo Gomez, Baptiste Roussillon et Tadié Tuéné servent à merveille cette écriture poétique et ludique, entre douceur et amertume.

Si la prose poétique est l’affaire de l’auteur, un regard non politically correct posé sur la société est aussi la sienne. La mise en scène rejoint ce point de vue à travers un rythme soutenu dans l’alternance de scènes farcesques et de scènes plus sombres. La poétique consiste à dévoiler les contradictions dans les aveux intimes de l’être inscrit dans un univers professionnel et social, âpre, violent et inique.

La connivence avec le public s’établit, la parole est légère si le spectateur ne se méfie pas. Or, la forme esthétique décalée s’impose aussi sémantiquement.

Comment rendre compte d’images fugitives et de scénarios vifs aussitôt envolés ? Une cérémonie d’accession à un poste de responsabilités en entreprise – les passations de pouvoir sont d’une actualité très contemporaine – révèle la noirceur et la cruauté des intentions de performance et de compétition.

Une brochette de travailleurs – une cultivatrice, un marin-pêcheur, un ouvrier …- distillent avec mélancolie et regret ce qu’est devenu l’état de leur métier digne jadis. Une femme âgée atteinte d’une maladie de la mémoire ne cesse, auprès de son conjoint attentif, de réclamer qu’on respecte sa position de reine de conte d’enfance.

Un bûcheron fait crier de douleur le bois du tronc qu’il abat avec sa tronçonneuse. Un homme encore parle des bienfaits des bretelles et des méfaits de la ceinture sur un pantalon. Une femme évoque à sa façon Alice au pays des merveilles, une autre la perruche aux plumes colorées.

Une petite fille habillée en princesse de rêve, jolie robe de tulle rouge bouffant, fait l’éloge de son oncle qu’elle aimait bien, jusqu’à ce que certains gestes déplacés de violeur aient pu définitivement la blesser, lui ôtant brutalement sa part d’enfance…

La vie se comporte parfois comme elle ne le devrait pas mais une opposition individuelle et citoyenne doit alors lui faire front grâce à une levée de boucliers.

Avec Et si nos pas nous portent, nous allons là où nous le décidons, bouclant en souriant la boucle de ce spectacle acidulé et railleur dont la question initiale était : «Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ? » Une volonté de résistance.

 

Véronique Hotte

 

Le Tarmac à Paris, du 1er au 11 avril 2014. Tél : 01 43 64 80 80

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