Emilia de Claudio Tolcachir, mise en scène de l’auteur

Crédit photo : Gustavo Pascaner

 emilia de Claudio Tolcachir ©gustavopascaner10

 

Emilia de Claudio Tolcachir, mise en scène de l’auteur

 

Après Le Cas de la famille Coleman et El viento en un violin, le public français découvre Emilia, la quatrième pièce de Claudio Tolcachir créée à Timbre 4 à Buenos Aires. La conception originale de l’espace accroche le regard : la pièce carrée est bordée de piles basses de couvertures pliées avec soin le long de murs invisibles qui cernent la surface, telle une bordure laineuse, moelleuse et feutrée que les comédiens arpentent pour se détendre, au cours de la représentation.

La scène pourrait dès lors s’apparenter à un gîte social, à un foyer-résidence de jeunes travailleurs, au refuge modeste et incertain d’une organisation humanitaire.

Précarité du logement et urgence sont les connotations que le tableau dispense.

Or, les habitants viennent tout juste d’emménager dans leur nouveau domicile et les couvertures accumulées et pliées représentent des cartons de déménagement qui ne sont pas encore défaits ; d’ailleurs, rien n’est à disposition, on ne sait plus où sont rangés les vêtements ni où la vaisselle est entreposée.

Un sentiment de malaise tombe comme une chape de plomb sur le noyau familial.

Pour les besoins d’Emilia qui souffre de grande pauvreté, celle qui a été la nourrice jusqu’à ses dix-sept ans de Walter, le maître de céans autour duquel tournent les autres personnages, Caro la femme de celui-ci et Léo leur fils chercheront dans les cartons des vêtements à donner dignement à la femme âgée venue en visite.

Emilia vient ainsi de rencontrer dans la rue l’homme qu’elle a gardé enfant – un garçon malheureux dont les parents ne s’occupaient guère et reclus dans la solitude.

Cette femme d’un certain âge est la narratrice enjouée de l’intrigue qui va se dévoiler sous les yeux du spectateur. Une fois les scènes d’un passé récent jouées, Emilia fait par intermittences retour sur elle, installée dans une cellule de prison.

Un crime a été commis à l’intérieur de la famille, à laquelle s’est adjoint Gabriel, le père naturel de Léo qui vient de décrocher un emploi. Il aimerait renouer avec Caro.

Ces êtres sont englués dans la douleur diffuse d’une misère affective et matérielle.

Le théâtre que propose Claudio Tolcachir s’appuie sur la confrontation physique et verbale de personnages que les comédiens aguerris transcendent, incarnant des êtres d’une violence extrême dans leurs relations quotidiennes de non-dit.

Ils se confondent d’abord en embrassades et se rassurent mutuellement d’un prétendu amour pour l’instant d’après, se rejeter et s’agresser brutalement.

Le malheureux enfant de jadis transmet la violence subie à ses proches d’aujourd’hui, et l’enfant réel du présent au milieu d’adultes non matures est la victime de l’enfant malmené d’hier, comme si l’espoir d’un basculement positif dans des situations existentielles plus équilibrées ne pouvait jamais advenir.

La violence, les rapports de pouvoir et la volonté de domination se faufilent directement, d’une génération à l’autre.

La direction d’acteurs est précise et les comédiens incarnent physiquement la confusion des valeurs et des sentiments à travers des relations de trop grande proximité, devenues inhumaines à force d’excès, quand de plus des conditions sociales de misère étouffent davantage les êtres, empêchés de vivre librement.

Une fresque tendue qui dénonce âprement des conditions de vie inacceptables.

 

Véronique Hotte

 

MAC Créteil – Maison des Arts-, les 27, 28, 29 mars. En espagnol, surtitré en français.

Les Colonnes, Saint-Médard-en-Jalles/Blanquefort, les 1er et 2 avril.

Théâtre de Vanves, Festival Ardanthé, le 5 avril.

Scène nationale 61, Alençon, les 8 et 9 avril.

Théâtre Paul Éluard,  Choisy-le-roi, le 11 avril.

Théâtre de la Manufacture à Nancy, le 16 avril.

 

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