Une Femme de Philippe Minyana, mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo (Éditions de L’Arche)

Crédit Photo : Elisabeth Carecchio

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Une Femme de Philippe Minyana (texte publié à L’Arche Éditeur), mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo

 

Si « inspiré » signifie avoir de l’intensité dans la réflexion doublée d’une sensibilité attentive, l’écrivain de théâtre Philippe Minyana a certes été inspiré en écrivant Une Femme, un portrait existentiel brossé en pied, racé et bien frappé.

Ce qui ajoute au plaisir, c’est que la pièce prend vie à la façon d’un conte atemporel et universel, grâce à l’invention du metteur en scène Marcial di Fonzo Bo.

Une Femme donne à contempler au public un spécimen de la gent féminine.

Le public reconnaît en ce modèle un exemple d’humanité relevant d’un théâtre de l’existence : «le projet est bien de raconter ce que nous sommes, nous, les êtres humains».

L’actrice Catherine Hiégel joue avec conviction l’aura d’Élisabeth – la Femme -, et elle n’est pas seule sur la scène à œuvrer avec panache.

Elle est entourée par les comédiens Marc Bertin, Raoul Fernandez, Helena Noguerra et Laurent Poitrenaux qui jouent , en vrac, le père d’Elisabeth, son second compagnon, son fils, sa fille, son amie, sa mère, d’autres rôdeurs encore. Un imaginaire collectif de grande cohérence.

À la lisière de l’ombre nocturne des sapins d’un bois profond, se croisent sur le plateau les vivants et les morts dans le reflet de la pensée intime et de l’oeil vif d’Elisabeth.

La forêt au théâtre est le lieu privilégié où adviennent des renversements de situations, des scènes de travestissement et de changement de sexe.

La dramaturgie de Minyana déroule une série élaborée de scènes symboliques, des gisants sur leur lit de douleurs car l’héroïne, en remontant le temps, se souvient de son père malade à l’agonie, de la souffrance de son compagnon moribond, des tableaux à rapprocher des peintures de Mater Dolorosa.

Renaissent aussi des colères familiales avec les enfants qui voient dans le compagnon de la mère un intrus. Les vieux parents apparaissent, plutôt inquiétants, et une amie de toujours surgit à l’improviste, des événements qui s’apparentent à des souvenirs, des rêves salutaires de mémoire, et se mêlent aux rencontres réelles.

Dans la nuit, le spectateur devine l’horizon découpé par la dentelle sombre des cimes élevées des sapins verts, un lieu d’errance et d’obscurité à travers lequel Elisabeth cherche à retrouver son innocence et sa vérité dont elle s’est éloignée avec le temps. Parfois, un tronc d’arbre s’abat sur les sentiers forestiers – un rappel lointain de La Cerisaie tchékhovienne à abattre prochainement.

Ces incidents aléatoires simulent des événements plutôt désagréables – maladies, ruptures, morts -, des situations qui dépassent l’être et sur lesquelles on ne peut rien.

Elisabeth tente enfin de s’emparer du présent qui lui a toujours échappé.

Sa vie n’a été que passion dévolue à autrui, supportant la souffrance de ses proches, la vue de leur corps malade, l’affection et le trouble de leur âme comme des maux de la sienne.

La gamme des émotions – les sentiments, les peines et les joies – l’a égarée hors du champ de sa volonté. Pour conquérir sa liberté, la solitaire comprend qu’elle doit se démettre de l’emprise de la passion, ne céder ni aux désirs ni aux craintes.

Cette attention extrême ne sauvegarde en rien l’intégrité de qui l’éprouve mais au contraire la creuse, comme le temps. Elisabeth, au milieu de ses fantômes, est en quête d’un présent saisissable.

Le visage et la voix de la comédienne expriment la belle usure ouvragée des jours qui passent, un chemin illuminé par la présence forte et inventive de ses comparses dynamiques.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de La Colline, du 20 mars  au 5 avril 2014, du 9 avril au 17 avril 2014, du mercredi au samedi 21h, mardi 19h et dimanche 16h. Tél : 01 44 62 52 52

 

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