Le Dernier Jour du jeûne, texte et mise en scène de Simon Abkarian

Le Dernier Jour du Jeûne, texte et mise en scène de Simon Abkarian

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Le Dernier Jour du Jeûne, la dernière création dont Simon Abkarian est l’auteur et le metteur en scène, est le second volet d’un cycle initié avec Pénélope ô Pénélope, spectacle créé en 2008. Cette tragi-comédie de quartier se passe au même endroit et dans la même famille, trente ans plus tôt.

La tragi-comédie est préparée aux petits oignons et aux épices méridionales, avec des réflexes d’un autre temps – ceux de la tradition et du joug ancestral de l’homme sur la femme, une « aliénation millénaire » – et accent marseillais à couper au couteau – un morceau sociologique de bravoure.

Le jeu d’Ariane Ascaride est fortement connoté qui incarne une mère en majesté jusqu’au bout des ongles, de la voix – entre remontrances, invectives et tendresse – et depuis des chaussures sagement haut perchées.

Cette figure féminine à la fois modeste et autoritaire déploie tous ses états : aimante, abusive et terriblement rétrograde dans sa pratique quotidienne d’une maisonnée dont le père et mari, placé hors-jeu dans les conversations entre femmes mais maître absolu, est joué façon macho méditerranéen – pléonasme – par le superbe coq de village, Simon Abkarian.

D’un côté donc les hommes qui pavanent et paressent, et de l’autre les femmes, mélancoliques ou actives. Un temps retrouvé plein de gouaille, un rappel doux-amer de la jeunesse de l’auteur et metteur en scène dans un Liban des années 70, juste avant les secousses de la guerre qui l’obligeront à quitter le pays.

Il y a ainsi la sœur de la mère plus âgée – admirablement incarnée par Judith Magre -, rat de bibliothèque célibataire aux positions avant-gardistes quant à la condition de la femme, se moquant de tous les hommes et des femmes qui leur complaisent.

Il y a les filles : l’une plus tourmentée et superstitieuse, la proie facile des griffes maternelles, portée par l’élégance gracile d’Océane Mozas qui trouvera enfin chaussure à son pied en rencontrant celui qu’on appelle l ‘Étranger (Igor Skreblin plein d’un humour tranquille), sorte d’Ulysse qui déroule le périple incertain de son voyage maritime.

L’autre sœur, plus jeune et mordant la vie à pleines dents, est portée par la ludique Chloé Réjon qui retrouve ses marques naturelles dans cette interprétation acidulée. Elle revendique un chemin de libération à travers l’école, le savoir et les études d’un côté, et le plein épanouissement sensuel du corps.

Une voisine (comique Marie Fabre) colporte sans vergogne des ragots et ses rumeurs, mère d’un bon à rien avec lequel la fille pleine de gaieté nourrit dans le bonheur un amour réciproque.

Les hommes sont pleutres à l’intérieur de ce tableau volontairement naïf, et particulièrement le boucher veuf et inquiétant (excellent David Ayala) dont la fille se tait depuis trois mois (Clara Noël).

L’énigme que l’on devine déjà sera éclaircie au dénouement, et le jeune fils du foyer (Clara Noël encore) sera le témoin de la sanction infligée par le père tout-puissant sur le coupable. La fresque souriante est enlevée, si ce n’est un signe de complaisance facile pour un public populaire – le registre relâché de langage.

Véronique Hotte

Théâtre Nanterre-Amandiers, du 14 mars au 6 avril 2014. Tél : 01 46 14 70 00

Texte publié aux Éditions Actes Sud-Papiers.

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